mardi 21 juillet 2015

61. GUILLAUME MUSSO : Demain

image ici

Bon, se nourrir l'esprit, c'est bien...
revoir sa vision du monde...c'est  génial...
mais de temps en temps, se faire plaisir...
c'est indispensable !

Alors, pour une fois, je vous propose un livre
qui, pour les vacances,
sera parfait...

Je ne présente pas l'auteur...vous connaissez sûrement...
il est présent dans tous les "bacs"...
vous le trouverez partout.

J'ai choisi ce livre-là, 
mais j'aurais pu en choisir un autre de lui...
 car ils ont tous cette qualité inestimable :
ils sont impossibles à lâcher !

Ce qui, bien sûr, les rend, par ce simple fait,
"essentiels"... ;-)

D'accord, l'écriture est simple et directe,
sans fioritures...mais je vous jure que 
Musso raconte "diablement" bien les histoires, 
maîtrise les intrigues comme personne...
crée des rebondissements incroyables
et maintient un suspense absolu
d'un bout à l'autre du roman...
(Dans celui-ci en particulier : 
je vous défie de trouver la fin
avant les toutes dernières pages...
et encore !)

Résumé du livre ICI

Ne cherchez donc plus pourquoi cet auteur
est en tête des ventes :
non seulement il est intelligent,
mais il a du coeur 
et il a l'art de mêler plusieurs genres 
(sentimental, fantastique et policier)
avec  bonheur...

C'est d'ailleurs tout ce que vous risquez
en lisant ce livre :
quelques heures de bonheur...
Quoique...il y a quand même un danger :
vous risquez fort d'oublier...
de remettre votre crème solaire ! :-)
.
La Licorne
.





61. CITATIONS CHOISIES


Il prenait désormais l'existence pour ce qu'elle était : 
quelque chose d'éminemment précaire et instable, 
un processus en perpétuelle évolution. 
Rien n'était immuable, surtout pas le bonheur. 
Fragile comme le verre,
 il ne devait pas être considéré comme un acquis, 
lui qui pouvait ne durer qu'un instant. 
.

On n’est pas celui que l’on voit dans le miroir.
On est celui qui brille dans le regard d’autrui.
.

Aimer quelqu'un pour son apparence, 
c'est comme aimer un livre pour sa reliure.


A quelques mètres de là, assise sur un banc, 
Emma observait la scène 
sans chercher à dissimuler sa présence. 
Elle ne courait aucun risque d'être repérée 
puisque le "Matthew de 2010" 
ne connaissait ni son visage ni même son existence.

.
Car son pire ennemi n’était pas lui .. 
Son pire ennemi, c’était elle-même .. 
Elle ne pouvait se résoudre à vivre sans passion .. 
Derrière son côté lisse et drôle, elle connaissait son impulsivité, 
son instabilité émotionnelle qui, lorsqu’elles prenaient le dessus, 
la plongeaient alternativement dans des périodes 
de profonde dépression et d’euphorie incontrôlable ..
.

Les folies que l'on regrette le plus 
sont celles que l'on n'a pas commises 
quand on en avait l'occasion ...
.

Jusqu'où pouvait-on impunément déjouer les plans du destin ?
Quel serait le prix à payer pour avoir voulu
défier les lois du temps et échapper à la fatalité ?
Elle n'allait pas tarder à le savoir. Elle régla sa course,
descendit de la voiture et poussa la porte du restaurant italien.
.

Guillaume Musso





lundi 6 juillet 2015

60. DOMINIQUE CASTERMAN : La conjonction des savoirs



La conjonction des savoirs veut mettre en avant 
que les grandes traditions spirituelles, 
la psychologie des profondeurs et la science 
peuvent être vus comme des itinéraires indissociables 
mettant en évidence l'idée de la totalité indivise du réel. 

Chacune de ces démarches s'accorde à penser 
qu'au niveau le plus profond, le plus fondamental, tout est relié :
l'univers et la conscience sont conçus 
comme un tissu dynamique d'évènements interconnectés.

Ce que certains êtres ont perçu ou vu, 
depuis des millénaires, de la Réalité, 
rejoint désormais ce que les physiciens constatent : 
la vie est relation, information, interdépendance 
de tous les éléments d'un tout.

L'auteur nous invite à une transformation radicale 
de notre façon de penser 
et de nous représenter le monde et l'univers.
Il contribue à l'éclosion d'un autre regard sur le monde, 
projette quelques lumières nouvelles sur la condition humaine, 
en nous entraînant dans une enquête 
sur la nature de la réalité au-delà du monde visible ;

Et propose au lecteur un itinéraire qui peut faire découvrir 
que la plupart de nos idées sur la conscience, la matière, 
le temps, la causalité, la vie, la mort...
sont entièrement à revisiter.

Il s'agit de comprendre le réel en fonction 
d'une unité sous-jacente et englobante 
qui abolit les contradictions apparentes.
Pour cela il est nécessaire de sortir du rêve de la conscience séparée 
imposée par l'identification exclusive au moi 
et se débarrasser progressivement 
des habitudes de penser logiquement selon les règles du dualisme.
Il s'agit de voir que notre existence individuelle 
se structure dynamiquement et complémentairement 
avec le reste de l'univers.

Dans l'acquisition de ce nouveau point de vue, 
les dualités observateur et chose observée, corps et esprit, 
matière et conscience, passé - présent - futur, 
n'ont plus vraiment de sens puisque les opposés 
sont l'expression dépliée d'une même réalité fondamentale : 
un flux uni et indéfinissable.

Il importe de franchir sans peur 
le passage de la connaissance intellectuelle à la connaissance vécue,
 impliquant un changement profond dans la perception de nous-mêmes 
et donc de l'existence toute entière. 
Il s'agit aussi d'une démarche de connaissance de soi incontournable, 
d'une nouvelle manière de penser par soi-même, 
d'être dans la réalité quotidienne 
et peut-être de trouver la voie de la paix intérieure 
dans la plénitude de la conscience.
.



Désolée :
je n'ai trouvé aucune vidéo
en lien direct avec le livre proposé...
N'ayant pas le temps  d'aller  interviewer
Dominique Casterman moi-même... :-),
je vous propose celles-ci :

La première, en anglais, de David Bohm...
intitulée "Totalité et Fragmentation"...

Et la deuxième de Frédéric Lenoir, 
qui, elle, est un peu hors-sujet...
mais qui permet néanmoins d'entrevoir
un peu  les liens possibles
entre science et spiritualité...
.



60. CITATIONS CHOISIES


La religion, la science, l'art, dans leur intelligibilité fondamentale,
ne sont pas incompatibles mais inséparablement unis.
Ces différentes attitudes de l'esprit devant le monde 
sont interdépendantes.
Il est donc important de rétablir un dialogue, 
souvent occulté par une vision excessivement fragmentaire, 
entre ces aspects particuliers de la culture humaine...
.
Il est difficile de na pas voir que notre civilisation,
dans le passé comme dans le présent,
a souffert et souffre encore 
d'une espèce de perte ou de faillite du sens.
Chacun le vit comme un sentiment de "vide intérieur", 
d'absence de sens ou simplement d'absurdité de la vie.
Le problème réside en ce que le sens implique la valeur, 
et si la vie est dépourvue de sens, elle revêt une valeur nulle 
et ne vaut donc pas la peine d'être vécue.
.
Les grandes traditions spirituelles, et aujourd'hui la science,
évoquent l'existence d'une autre réalité 
que celle qui tombe directement sous le sens.
Ces deux approches de la réalité nous acheminent 
aux confins des territoires objectivement observables,
là où le sens de l'univers se déploie 
dans le vécu de notre conscience
pour rayonner d'un sentiment intense d'unité intérieure 
et de participation cosmique.
.
La spiritualité, la psychologie des profondeurs et la science 
peuvent être des itinéraires complémentaires 
sans pour autant se fonder l'un sur l'autre,
au regard d'une prise de conscience globale du fait relationnel 
au sens où l'univers n'est pas un agrégat 
de parties élémentaires séparées les unes des autres 
avec seulement des interactions externes.

A un niveau plus profond, 
celui où tend chacune des disciplines évoquées, 
tout est relié, 
chaque partie est potentiellement présente 
dans toutes les autres et réciproquement.
.
La fragmentation est une abstraction,
une convention parfois pratique,
mais aucun des termes constituants les pôles opposés 
n'est cause de l'autre.
La matière ne cause pas l'esprit,
l'esprit ne cause pas la matière,
ils s'auto-produisent mutuellement...
.
Dominique Casterman
.

mercredi 27 mai 2015

59. SATPREM : La légende de l'avenir



Dès le début de "La légende de l'avenir", 
c'est la joie retrouvée de lire Satprem,
au style fluide et lumineux. 
On touche à l'essentiel à chaque page,
mais avec légèreté, une profondeur légère,
 une poésie de la quête de la vérité sans concession, 
avec l'amour fraternel en filigrane :

     « En savons-nous plus maintenant
qu'au temps de Socrate ou de la reine Nefertiti ? 
Et quel pouvoir avons-nous sur notre destin et notre monde ? »
    « Nous vivons dans une Ignorance totale des vraies lois de la vie. 
L'occident a voulu nous convaincre de la supériorité 
de sa Science et de ses Eglises.

Mais aujourd'hui nous vivons 
dans un mensonge plus hideux que Hitler, 
qui, au moins, avait sa tête bien reconnaissable, 
maintenant le Monstre a mille têtes et mille bouches, 
un innombrable Mensonge hypocrite et hypnotique, 
quand il n'est pas ouvertement cruel. La Barbarie galope. »

     « Quelquefois, on ose se dire : il n'y a pas de "connaissance",
 il n'y a que des re-connaissances : 
ce quelque chose qui jaillit soudain et c'est ça.
    [...] Et si cette seconde inattendue n'était pas longuement mûrie ?

    Si ce Sourire ensoleillé ne venait pas d'une très vieille tendresse oubliée 
et ce Soleil n'avait pas toujours été au fond de nos années nocturnes 
sur un chemin joli qui courait avec nous depuis toujours ?
    Nous habitons une Forteresse d'Ignorance, et quelquefois ça craque
 — juste une petite racine tenace qui passe le nez dehors »
.
Présentation du livre 
trouvée chez Arianil
.




59. CITATIONS CHOISIES

 
 
Est-ce incurable ?
Ce vieux monde a trouvé le moyen 
de guérir bien des maux  et bien des formes périmées. 
Cette vieille Terre a toujours trouvé le moyen.

Cette Matière "terrifiante" qu'il faut marteler et marteler encore
pour extraire la conscience somnambule qui est là
et qui pourrait tout changer. 
N'avons-nous pas été assez martelés pour comprendre,
 enfin, notre propre secret. 
Ou faudra-t-il encore quelque accident "naturel" pour nous délivrer ?
Nous vivons dans l'illusion terrible d'une fausse conscience qui nous dévore - 
et ce n'est pas une illusion bouddhique, c'est une illusion physique, 
comme celle d'une plante qui ne trouverait pas son soleil.

La plante, ça veut du large, de l'air, de l'eau qui coule. 
Et qu'est-ce qui coule dans nos veines ? 
Qu'est-ce que cette fameuse hérédité que l'on voudrait nous coller sur le dos, 
pour marcher de plus en plus courbé et lourd sous le poids d'un vieux pot 
dans lequel on voudrait nous empoter pour toujours. 
Ce ne sont plus du tout nos cellules qui sentent et qui deviennent !
 C'est l'hypnotisme collectif du vieux château-fort 
dans lequel nous vivons, et qui nous étouffe.

"Nous sommes drogués par la domination de la Matière."

Mais cette Matière n'est même plus ce qu'elle était jadis, brute et poreuse ! 
Nous l'avons dogmatisée, durcie, couverte de péchés mortels et médicaux 
- et tout est mortel là-dedans. 
Mais où était le "mortel" dans la première plante des Âges ?
 ça poussait, tout simplement et indiscutablement, 
et si ça ne poussait pas là, ça poussait autrement et contournait l'obstacle. 
Mais maintenant, l'obstacle est devenu incontournable, 
c'est du béton pensant et qui devient ce qu'il pense, 
ou ce que pensent les dogmes et les slogans à la mode.

"Nos corps ont été fatalement endoctrinés par le mental 
et convertis à de fausses habitudes."

Ce sont des "lois" disent-ils, mais la vieille terre se moquait bien des lois !
Qu'elle ignorait ou arrangeait à sa façon
par la vieille poussée puissante qui la poussait ; 
elle faisait même des "miracles" à sa façon, 
que nul homme ne serait capable d'inventer ou rares de supporter - 
c'est très insupportable, les miracles, 
c'est comme d'entrer subitement dans une autre peau.

Peut-être  nous faut-il changer de peau, et respirer un autre air..
ou une autre conscience.
Nous, les "conquérants" de toutes les limites,
 les "conquistadores" de toutes les découvertes, 
nous ne nous sommes pas aperçus d'une simple chose : 
notre Limite, c'est l'instrument même dont nous nous servons 
pour mesurer la matière et pour calculer exactement 
la géographie de nos propres yeux : 
c'est le Mental.

Comme les nageoires et les branchies du poisson étaient l'instrument 
pour mesurer leur monde, et en même temps leur limite pour devenir terrien. 
Ce Mental périmé, hypnotique, drogué par sa propre science, 
devenu tout à fait dément et barbare, c'est notre Limite immédiate à conquérir 
pour débarquer sur la prochaine Terre et dans notre prochain corps : 
un corps conscient et libre de son vieil esclavage 
aux prétendues "lois" de la Matière.

"Une loi quelconque est simplement un équilibre établi par la nature, 
c'est une stabilisation de forces. 
Mais ce n'est qu'un sillon dans lequel la Nature
a pris l'habitude de travailler  pour obtenir certains résultats. 
Si vous changez de conscience, 
le sillon change aussi , nécessairement."

C'est le prochain miracle qui nous attend.
mais il faut le vouloir.
Après tout, cette Matière n'est peut-être pas "terrifiante", ni mortelle, 
elle est miraculeuse.
Mais il faut le vouloir et changer de peau à temps.
"Je veux savoir le Vrai" disait Oedipe.

Avec une pointe d'humour, Mère disait :
"La mort est la plus enracinée de toutes les habitudes." 

.
Satprem
.



vendredi 15 mai 2015

58 : ANNE ANCELIN-SCHÜTZENBERGER : Aïe mes aïeux !



Anne Ancelin-Schützenberger livre dans cet ouvrage, 
à travers son analyse clinique et sa pratique professionnelle 
de près d'une vingtaine d'années, 
une "thérapie transgénérationnelle psychogénéalogique contextuelle". 
En langage courant, ceci signifie que nous sommes un maillon 
dans la chaîne des générations et que nous avons parfois, curieusement,
à "payer les dettes" du passé de nos aïeux.

C'est une sorte de "loyauté invisible" qui nous pousse à répéter, 
que nous le voulions ou non, que nous le sachions ou pas, 
des situations agréables ou des événements douloureux. 
Nous sommes moins libres que nous le croyons, 
mais nous avons la possibilité de reconquérir notre liberté 
et de sortir du destin répétitif de notre histoire, 
en comprenant les liens complexes
qui se sont tissés dans notre famille.

Un livre passionnant et truffé d'exemples  qui s'inscrit 
parmi les toutes récentes recherches en psychothérapie intégrative. 
Il met particulièrement en évidence les liens transgénérationnels, 
le syndrome d'anniversaire, le non-dit-secret 
et sa transformation en un "impensé dévastateur".





Publié en 1993, "Aïe mes aïeux !" fut l'un des premiers livres
sur le thème de la psychogénéalogie à rencontrer le succès...
Rapidement devenu best-seller, il fut traduit dans le monde entier,
fut régulièrement réédité et contribua beaucoup
au développement de cette nouvelle approche...
.

58. CITATIONS CHOISIES



En intégrant dans ma pratique avec des malades 
certains des outils conceptuels de Boszormenyi-Nagy, 
je me suis rendu compte que le potentiel de changement 
inhérent aux relations intrafamiliales est plus déterminant 
que le potentiel de guérison individuel ; 
il est beaucoup plus déterminant encore 
que tout ce qui pourrait se passer en relation dyadique, 
en psychothérapie individuelle -une relation médecin-malade, 
psychiatre-malade, psychanalyste-client.

Pour obtenir un changement dans le comportement 
ou l'état de santé d'un malade, il faudrait déterminer ses croyances 
et viser à mobiliser le levier inhérent 
au réseau relationnel familial tout entier (leurs croyances) 
si on veut enclencher un processus de changement de la famille.

François Tosquelles, psychiatre français d'origine espagnole, 
qui dirigeait autrefois l'hôpital psychiatrique de saint-Alban en Lozère 
et un institut médico-pédagogique, avait découvert 
que lorsqu'il soignait et guérissait un enfant psychotique, 
qu'il le rendait à sa famille, l'année suivante ou dans les six mois, 
la famille lui donnait à traiter un autre enfant devenu malade.

Si on guérit un individu sans toucher à l'ensemble de la famille, 
si on n'a pas compris les répétitions transgénérationnelles, 
on n'a pas fait grand-chose en thérapie. 
Cela n'est souvent qu'un mieux provisoire. 
Cette façon de voir remet en question
toutes les psychothérapies existantes, 
classiques et nouvelles, y compris les plus célèbres, 
les plus sérieuses, les plus respectées, 
y compris la psychanalyse individuelle si vous voulez.

On s'aperçoit que pour que les gens changent vraiment et de façon durable, 
il faut que le système familial, social et professionnel les laissent changer, 
que les croyances changent.

.
Anne Ancelin-Schützenberger
.


 

samedi 2 mai 2015

57 - ANNY DUPEREY : Le voile noir



"J'avais pensé, logiquement,
dédier ces pages à la mémoire de mes parents -
de mon père, surtout, l'auteur de la plupart des photos,
qui sont la base et la raison d'être de ce livre.
Curieusement, je n'en ai pas envie.
Leur dédier ce livre me semble une coquetterie inutile et fausse.
Je n'ai jamais déposé une fleur sur leur tombe,
ni même remis les pieds dans le cimetière où ils sont enterrés.
Sans doute parce que obscurément je leur en veux
d'avoir disparu si jeunes, si beaux, sans l'excuse de la maladie,
sans même l'avoir voulu, quasiment par inadvertance.
C'est impardonnable.

Mon père fit ces photos. Je les trouve belles.
Il avait, je crois, beaucoup de talent.
J'avais depuis des années l'envie de les montrer.
Parallèlement, montait en moi la sourde envie d'écrire,
sans avoir recours au masque de la fiction,
sur mon enfance coupée en deux.
Ces deux envies se sont tout naturellement rejointes
et justifiées l'une l'autre.

Ces photos sont beaucoup plus pour moi que de belles images,
elles me tiennent lieu de mémoire.
J'ai le sentiment que ma vie a commencé le jour de leur mort -
il ne me reste rien d'avant, d'eux,
que ces images en noir et blanc."
.
Anny Duperey
.
Un livre bouleversant, poignant.
Une plongée courageuse et minutieuse
dans une enfance lointaine, disparue, occultée...
Le récit d'une longue recherche personnelle
et d'une "traversée du miroir"
pour lever un peu de ce "voile"
recouvrant le passé ..

Une lecture qui parlera
à tous ceux qui connaissent
l'emprise douloureuse de la perte
et des souvenirs perdus dans le noir.
.
La Licorne
.


P-S : Après la publication de ce livre,
l'auteure ayant reçu de nombreuses lettres émouvantes...
elle décidera de les rassembler dans un second ouvrage,
magnifique lui aussi,
et que je vous conseille également :
"Je vous écris"
.


57- CITATIONS CHOISIES


Ma soeur ne connaissait pas cette photo de nos parents à l'église, 
le jour de leur mariage.
En la découvrant, elle eu un recul devant la tristesse qu'elle dégage et me dit :
- Hooo... Qu'est ce que c'est que ça, un enterrement ?
- Non. Leur mariage.
Et on a ri, mais on a ri !!!
.

Après avoir si longtemps refusé de souffrir, 
mes défenses s'amenuisent, tombent les unes après les autres, 
et plus je m'ouvre plus je ressens vivace la douleur qui me vient d'EUX, 
même si elle attendait, tapie en moi, 
que je la reconnaisse pour prendre tout son pouvoir.
.

Il faudrait à présent - et cette seule pensée m'arrache le coeur - 
qu'ils deviennent de "vrais morts qu'on n'APPELLE plus". 
Ils m'ont quittée, il faudrait maintenant que je les laisse partir de moi, 
décider que cette manière de vivre avec deux morts en filigrane 
entre moi et toute chose a fait son temps.
Il faudrait arrêter de se battre, faire la paix. 
Grandir.
.

Anny Duperey
.

dimanche 5 avril 2015

56. JEAN-CHRISTOPHE RUFIN : Globalia


Voilà un livre hors du commun...
un livre qui restera, à mon avis, dans vos mémoires...

Globalia est une fable politique, un roman d'anticipation
dans la lignée du "Meilleur des mondes" ou de "1984"....

Au travers des aventures de deux jeunes gens
d'une vingtaine d'années, Kate et Baïkal,
ce roman dénonce ce que pourrait devenir notre société mondialisée
si certaines de ses tendances étaient poussées à leur paroxysme :

fracture définitive entre les riches et les pauvres,
dépolitisation totale, ignorance de l'histoire,
hédonisme individualiste,
peur obsessionnelle du terrorisme,
des risques écologiques et de la paupérisation
 utilisée comme facteur de cohésion sociale,
contrôle de l'information et de la force publique
par un oligopole de sociétés multinationales.

La force de l'auteur est d'avoir écrit un livre qui,
bien que de "science-fiction"
nous ramène à chaque page ou presque
à notre société actuelle...
tous les excès évoqués
ont comme un parfum de "déjà vu"...
ou de "presque vu"...
ce qui en rend la lecture à la fois captivante
 et...terrifiante.

Un chef d'oeuvre sur le fond...
et sur la forme aussi,
car l'écriture est tout en finesse.



Plus de  détails
dans la vidéo ci-dessous :



56. CITATIONS CHOISIES

 
 
En Globalia
On n’écrit plus, tout est informatisé
On vit vieux avec toute sorte de chirurgie esthétique
Une loi bannit toute utilisation industrielle des produits naturels 
(un des textes les plus anciens de Globalia) : bois pour le papier, le cuir…
Les voitures roulent seules, elles ont l’anticollision, le radar latéral, le GPS…
La moyenne pour avoir des enfants est de 61 ans
Les feux sont interdits, l’oxygène élevé au rang de bien précieux.


Les livres sont morts dans leur graisse. 
Chaque fois que les livres sont rares, ils résistent bien. 
A l’extrême, si vous les interdisez, ils deviennent infiniment précieux. 
Interdire les livres, c’est les rendre désirables. 
Toutes les dictatures ont connu cette expérience. 
En Globalia, on a fait le contraire : on a multiplié les livres à l’infini. 
On les a noyés dans leur graisse jusqu’à leur ôter toute valeur, 
jusqu’à ce qu’ils deviennent insignifiants.


Globalia, où nous avons la chance de vivre, 
proclamait le psychologue, est une démocratie idéale. 
Chacun y est libre de ses actes. 
Or la tendance naturelle des êtres humains est d’abuser de leur liberté, 
c’est à dire d’empiéter sur celle des autres. 
La plus grande menace sur la liberté, c’est la liberté elle-même. 
Comment défendre la liberté contre elle-même ? 
En garantissant à tous la sécurité. 
La sécurité c’est la liberté.
La sécurité, c’est la protection. 
La protection, c’est la surveillance. 
La surveillance, c’est la liberté. »


Toute la planète était commise à l’obligation de fournir chaque jour 
son quota d’accidents de transports, de meurtres, 
d’escroquerie et de colère des éléments…. 
Les victimes étaient les véritables vedettes de ces spectacles… 
Malgré le choc et la douleur, on percevait toujours dans leurs yeux 
le reflet d’un immense bonheur : 
celui d’acquérir un instant une existence réelle dans le monde virtuel.


Le problème, je vous l’ai dit, c’est que les gens ont besoin de la peur… 
Pourquoi croyez-vous qu’ils allument leurs écrans chaque soir ? 
Pour savoir à quoi ils ont échappé… La peur est rare, voyez-vous. 
La vraie peur, celle à laquelle on peut s’identifier, 
celle qui vous frôle au point de vous cuire la peau, 
celle qui entre dans la mémoire et y tourne en boucle jour et nuit. 
Et pourtant, cette denrée-là est vitale. 
Dans une société de liberté, c’est la seule chose qui fait tenir les gens ensemble. 
Sans menace, sans ennemi, sans peur, pourquoi obéir, pourquoi travailler, 
pourquoi accepter l’ordre des choses ?
 Croyez-moi, un bon ennemi est la clef d’une société équilibrée. 
Cet ennemi-là, nous ne l’avons plus…. 
Nous sommes victimes de notre succès, en un sens. 
La protection sociale a bien travaillé. 
Les églises, les mosquées, les synagogues, les sectes, 
les banlieues, les associations sont truffées d’indicateurs. 
Tout est donc sous contrôle. 
Le danger, nous l’avons repoussé à l’extérieur, dans les non-zones. 
Mais les non-zones sont isolées, morcelées,
 à ce point bombardées que toute force organisée y a été aussi cassée…. 
Si nous voulons de bons ennemis, ce sera à nous de susciter des vocations. 
La vôtre, par exemple. Nous vous pourvoirons seulement de l’indispensable 
pour que vous puissiez survivre.


Nous cherchons la haine, pas le mépris. Il faut qu’il soit pris au sérieux. 
C’est pourquoi nous envisageons d’organiser rapidement
 la fuite de quelques documents soigneusement élaborés par nos soins. 
Ils prouveront que le Nouvel Ennemi 
a été actif et nuisible dès son plus jeune âge.


Ce programme peut être résumé en trois points :
- Séparation stricte et définitive entre ce qui devra constituer Globalia 
et ce qu’il faut rejeter à l’extérieur.
- Destruction de toute forme d’organisation politique hors de Globalia
- Maintien d’un  haut degré de cohésion sur tout notre territoire 
grâce à une forte armature de sécurité intérieure.
Toutefois, on ne saurait insister sur l’importance des mentalités. 
La cohésion en Globalia ne peut être assurée 
qu’en sensibilisant sans relâche les populations à un certain nombre de dangers : 
le terrorisme bien sûr, les risques écologiques et la paupérisation. 
Le ciment social doit être la peur de ces trois périls 
et l’idée que seule la démocratie globalienne
peut leur apporter un remède.


Vous continuez de rêver d’un monde ou les qualités que vous sentez en vous, 
le courage, l’imagination, le goût de l’aventure et du sacrifice trouveraient à s’employer. 
Et c’est pour cela que vous regardez vers les non-zones…. 
Après toutes ces années d’effort pour éradiquer l’idéalisme,
 l’utopie, le romantisme révolutionnaire, 
découvrir encore des esprits comme le vôtre
 relève vraiment du miracle…

.
Jean-Christophe Rufin
.



samedi 28 mars 2015

55. MARC LUYCKX-GHISI : Surgissement d'un nouveau monde


Le changement de civilisation
que nous sommes en train de vivre
 est rapide et profond,
car la rationalité moderne, l'approche patriarcale, et le capitalisme industriel
 ne sont plus capables de formuler une réponse satisfaisante
ni au problème de notre survie collective et de celle de l'environnement,
ni aux problèmes sociaux et démographiques de notre monde
 en ce début de XXIe siècle.

En ce sens, ils sont déjà dépassés car ils ne font plus sens.
La société civile mondiale cherche déjà ailleurs,
même si les pouvoirs s'évertuent à la convaincre qu'il n'y a pas d'alternative.
Certains sont d'ailleurs en train d'expérimenter un profond réenchantement,
une réconciliation corps-coeur-âme.
Dans ce groupe de 25 % de citoyens européens et américains,
66 % sont des femmes.

Ces changements en cours touchent aux aspects les plus profonds de nos vies
comme la relation homme-femme, le sacré, la vérité,
le statut de la raison et de la science,
mais aussi de la conscience du temps, de l'espace et du bonheur.
Et en même temps, c'est l'architecture souterraine
de la manière de vivre "moderne" qui est en crise.
Notre manière de penser trop analytique, mentale et rationnelle
ne nous satisfait plus.

Il est normal que les citoyens ressentent de l'angoisse
car ils sentent bouger les plaques tectoniques sous eux.
A un niveau moins profond, mais tout aussi important,
la société et l'économie de la connaissance sont comme un turbo
qui accélère et approfondit ces changements.

En modifiant le coeur même de la logique capitaliste et communiste,
elle les dépassent, et nous fait entrer dans une logique
qui s'avère chaque jour plus différente
et où les avantages et les dangers ne seront pas nécessairement
ceux que nous percevons aujourd'hui.

Les statistiques montrent que 100 millions
de citoyens européens et nord-américains
 changent de valeurs en silence.
Ils sont plus concernés par l'écologie, la solidarité sociale,
la croissance intérieure et le dialogue des cultures.





55. CITATIONS CHOISIES

"Nous vivons un des changements les plus fondamentaux de l'histoire : 
la transformation du système de croyances de la société occidentale. 
Aucune puissance politique, économique ou militaire ne peut se comparer 
à la puissance d'un changement au niveau de notre esprit. 
En changeant délibérément leur image de la réalité, 
les hommes sont en train de changer le monde."
Willis Harman


De nombreux citoyens de par le monde pressentent 
la mutation qui s'infiltre dans leur vie. 
Souvent le premier sentiment est un malaise. 
"Tout va mal !", "C'est la crise !". 
Le citoyen se sent perdu, car il se demande ce qui se passe 
et quel va être l'avenir de ses enfants. 
Il pressent - dans ses tripes-  que quelque chose se passe 
sans pouvoir dire ce que c'est.
De plus, il croit être le seul à ressentir ce malaise 
alors qu'il fait partie d'un groupe de plusieurs millions de personnes. 
Il n'a pas de vision globale.

La première chose qu'il ressent, 
c'est le sentiment de fin de quelque chose, 
un sentiment confus de mort. 
En effet, ce que nous voyons, ce qu'on nous montre au journal télévisé, 
c'est surtout la mort du système existant : les entreprises qui ferment, 
les dysfonctionnements politiques et institutionnels, 
les corruptions, les guerres et les insurrections violentes.

S'il y avait eu des médias au temps de la Renaissance,
 ils auraient probablement parlé abondamment 
de l'effondrement de la société agraire et médiévale, 
de la crise du latin  à l'Université, de l'horrible invention 
permettant de fabriquer le Livre sacré avec des machines (à imprimer). 
Et peut-être auraient-ils parlé un tout petit peu de Galilée, 
de Michel-Ange, de Copernic, les pionniers du changement...
dans les pages culturelles du week-end 
ou les pages judiciaires des procès (de l'Inquisition !).

Dans cette première partie nous allons donc essayer de décrire 
tout ce qui finit ou est déjà mort mais n'en finit pas de mourir, 
parfois dans un silence feutré, parfois avec grand bruit.

Nous reprendrons l'image de l'iceberg 
sous une forme légèrement différente dans la seconde partie 
pour montrer à chaque niveau de profondeur 
ce qui est déjà en train de vivre de manière nouvelle.

Voici les cinq niveaux de changement que nous proposons :

- Le premier niveau est la prise de conscience 
que notre civilisation mondiale est menacée de mort 
si nous ne changeons rien. 
(...) 
Cette menace occupe une place importante 
dans notre subconscient individuel et collectif.

- Le deuxième niveau est 
la mort des valeurs patriarcales .
(...)
...c'est assez bas dans nos consciences.

- Le niveau trois est à mi-course , 
c'est la mort de la modernité.
(...)
- Le niveau quatre est tout proche de nous : 
c'est la fin de la société industrielle. 
De nombreuses entreprises de type "industriel" 
sont en train de mourir sous nos yeux...
(...)
- Enfin, nous arrivons au cinquième niveau, 
le seul qui soit visible :
la crédibilité de toutes nos institutions sociales 
et politiques est en déclin rapide.
Nos institutions sont dans une crise si grave 
que l'on peut avancer l'hypothèse 
qu'elles sont en train de mourir. (...)
.

Marc Luyckx-Ghisi
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samedi 21 février 2015

54. CHRISTIANE SINGER : Eloge du mariage, de l'engagement et autres folies



"Entre le désir profond de se lier,
de s'engager corps et âme,
 et le désir tout aussi profond de préserver sa liberté, 
d'échapper à tout lien, 
quel tohu-bohu ! 
Or, pour vivre ces exigences contradictoires 
et d'égale dignité sans être écartelé,
 il n'y a aucun secours à attendre
 ni de la philosophie, ni de la morale,
 ni d'aucun savoir constitué. 
Il est probable que les seuls modèles adaptés
 pour nous permettre d'avancer 
sont la haute-voltige et l'art du funambule. 
Un mariage ne se contracte pas.
 Il se danse. 
À nos risques et périls."
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Christiane Singer
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La vie ne se fixe pas, 
elle est en mouvement perpétuel,
 elle se danse.
 Voici un ouvrage fort sur le…mariage et l’engagement.
Il s’agit aussi du mariage à la Vie, de notre fidélité à la Vie.
 Cette vie qui nous habite 
et cette vie que nous choisissons de vivre.

10 histoires :
Christiane Singer , par de courtes pages
 nous pose la question de ce qui peut faire la qualité d’une vie. 
Loin d’être une méthode qui apporterait trucs et astuces
 pour une vie de belle qualité,
 la lecture de cet ouvrage court nous met dans l’état 
de nous guider nous-même 
à travers nos propres interrogations, sur nos valeurs de vie, 
sur la qualité du choix des décisions que nous prenons.
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Texte ici
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Autres livres évoqués sur ce blog :

"Où cours-tu...?"
"Du bon usage des crises"
"Les âges de la vie"
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54. CITATIONS CHOISIES


Consciemment ou inconsciemment, n'avons nous pas fait serment
de ne jamais laisser s'embourber dans l'insignifiance
cette vie qui nous a été transmise par le sacre de la naissance ?
Chaque fois que le danger rôde de la perdre en futilités, en broutilles,
chaque fois que l'anesthésie la gagne ou que l'asphyxie la plombe,
 comment ne pas réagir ?
 Comment ne pas courir ouvrir les portes et les vantaux ?

Il y a des «appels» dans l'ordre du quotidien
(un besoin de solitude, un désir de voyage, de repli,
 de recul, de retraite, une amitié ardente)
qui signalent à l'autre :
«Tu m'aimes pour cette vie qui m'habite. Elle menace de tarir.
 Pour la refaire jaillir, je dois faire ce pas qui peut être t'effraie ;
mais je dois le faire par respect pour moi et pour toi.»
Exiger de celui qui parle ainsi qu'il fasse taire cet appel,
 c'est mettre en chantier la lente transformation
de la relation en état de mort.

 Celui ou celle qui a été appelé à se mettre de quelque manière en mouvement
 et qui a été retenu - tant pour de bonnes raisons que par peur, par convention -
ne pardonnera pas dans son for intérieur à celui (celle)
 qui d'un seul mot peut-être  a scellé à son pied un boulet.
 Il reste. Elle reste. Mais qui reste au juste?
 Et quelle part s'éloigne ou s'éteint en catimini ?
 Et si c'était précisément la part vibrante
pour laquelle nous nous sommes aimés ?

Le jardinier ne peut pas monter la garde
contre les mulots, les chenilles, les taupes.
Il ne peut pas guetter chaque puceron, chaque bactérie.
 Il ne peut pas arrêter le vent d'ouest ni dissuader la tempête de se déchaîner.
 Il ne peut pas interdire à la grêle de s'abattre.
Il ne peut pas non plus contraindre la plante à pousser plus vite
 en lui tirant les feuilles,  ni vouloir la garder petite.
 Il ne peut que «tenter de mettre toutes les chances du côté de la plante»
et garder vivant avec elle un dialogue.

Ainsi pour la relation qui nous unit.
Je ne peux pas abolir ton destin, ni t'éviter épreuves et difficultés,
 ni enrayer tes échecs, ni provoquer ta réussite, ni entraver tes rencontres.
 Impossible de prendre les commandes de ta vie,
de m'immiscer entre toi et ta peau,
de glisser mon doigt entre ton écorce et ton aubier.
Je ne peux que t'assurer de ma loyauté -
 ne jamais laisser tarir le dialogue entre nous,
 le raviver de neuf chaque jour.

Mieux encore :
je ne peux que respecter l'espace dont tu as besoin pour grandir,
 te mettre à l'abri de ma trop grande sollicitude
de tout envahissement de ces rhizomes souterrains
que sont les discrètes et indiscrètes manipulations de l'amour.
Jamais, quoi que je fasse, je ne serai celui ou celle qui mâche ton pain,
 boit ton eau, jamais je ne respirerai pour toi.
 Jamais ta peau ne m'invitera à m'y glisser.
 Jamais je ne tisserai pour toi les fils de tes rêves ni de tes pensées.
 Et comme tu étais seul à ta naissance, tu seras seul devant ta mort
et seul, mille fois, dans les nuits d'insomnie quand un chien aboie au loin
ou quand une voix que tu es seul à entendre t'appelle.

Vouloir me perdre en toi, me jeter en toi, corps et biens,
 avec tous mes meubles et mes trésors. T'envahir. Te combler.
 Te faire gardien de mes propriétés ! Il n'est pire cruauté.
 Car tu as une vocation, unique, une œuvre à mener à bien.
 Toi-même. Et pour cela, il te faut tout l'espace qui est en toi.
Dire: «Aimer c'est délivrer l'autre de mes bonnes intentions - et de moi-même »
 paraîtra excessif. Pourtant c'est en me détachant de toi
 et en m'ancrant en moi que je commence véritablement d'aimer.

Le cadeau que je peux te faire, c'est de retirer de toi
 toute la volonté de transformation que j'y ai mise - par zèle ou par ignorance,
 la retirer de toi pour la remettre où elle a sa vraie place : en moi.
Ainsi, nous protégerons l'un et l'autre le secret lent et silencieux de nos gestations.
Garde tes distances sans faiblir.
 Il n'est que l'Éros qui puisse les abolir  - pour les faire renaître tout aussitôt.
Garde tes distances.
Non par froideur. Garde-les par ferveur.

 Et cela en sachant - ô paradoxe - que tu n'es qu'une autre part de moi-même.
La part qui ne se laisse ni dominer ni annexer, qui jusqu'au bout te tiendra tête.
L'énigme qu'est l'Autre recule comme l'horizon à chaque pas que tu fais vers lui.
L' Autre est la frontière que la Vie a dressée devant toi,
 afin que tu ne sois pas perverti par ta toute-puissance.»
Ici commence le royaume de l'altérité dans lequel on ne pénètre pas.
 Mais ne rêvons pas de révoquer la dualité.
La fusion du Deux en Un est œuvre divine.
Il n'est que l'Éros qui nous y fasse furtivement goûter.
Et la mort.

Si la première des fidélités, nous la devons à la Vie qui est en nous,
c'est bien d'une vigilance de chaque instant qu'il faut faire preuve.
Tout, sur cette terre, si nous n'en prenons soin,
 est soumis à la lente dégradation de l'entropie.
Quand l'homme cesse de se chercher au-delà de lui-même,
de s'élancer, de se porter en avant,
alors l'eau qui le compose stagne et croupit.
L'élan qui cesse de circuler dans un corps agit comme un poison.
Ces êtres de dialogue, de partage et de mouvance que nous sommes,
 vivent de la magie des rencontres, meurent de leur absence.

Chaque rencontre nous réinvente illico
- que ce soit celle d'un paysage, d'un objet d'art, d'un arbre,
 d'un chat ou d'un enfant, d'un ami ou d'un inconnu.
Un être neuf surgit alors de moi et laisse derrière lui
celui qu'un instant plus tôt je croyais être.
 La rencontre fait résonner en moi des modes et des tons
que je n'avais pas perçus jusqu'alors.
 C'est par la rencontre que dans cet amas diffus, cette nébuleuse
que par commodité j'appelle moi,
s'éclairent et se regroupent les constellations.

Pareille richesse ne se peut épuiser en une seule relation
 aussi privilégiée, aussi forte soit-elle.
Bien davantage: c'est la plénitude tout à l'entour
 qui profite à cette union première et la nourrit.
Si l'un des amants ne supporte pas que l'autre vibre,
vive et aime en dehors de sa présence,
s'il se met à rêver d'être la seule source de son bonheur,
il peut avoir au moins une certitude :
 celle de devenir très vite la seule source de son malheur.

«C'est au vent qui l'ébouriffe, à la tempête qui le ploie
que l'érable rouge doit sa beauté».
 La relation des amants trouve sa vigueur
 dans le jeu des forces qui l'ébranlent.
L'«espace en devenir» qui entoure chaque être
et à l'intérieur duquel il peut grandir, se dilater,
 rayonner, tâtonner, s'élancer, est sacré.
Lorsque, sous prétexte d'attachement,
on le résorbe, la vie commune se dégrade.
Par un mystère, impossible à élucider,
ce sont précisément toutes les rencontres d'une vie
qui nous font peu à peu advenir.
Chaque rencontre me livre d'une manière, tantôt une lettre,
tantôt un mot, tantôt une virgule, un blanc qui, peu à peu,
mis bout à bout vont composer le libellé d'un message
 à moi seul adressé.

Ou mieux encore : chaque rencontre ardente
détient une pièce biscornue du puzzle
qui finira par me composer une vie et qui,
avec la multiplication des pièces disposées, va lentement,
 dans un dégradé de couleurs, laisser apparaître les grands contours,
 les grands thèmes de ma destinée.
Et ce sont les autres qui me livrent - souvent à leur insu -
la clef de mon énigme.
Dans chaque rencontre se révèle un aspect de mon être,
 un visage secret nage à ma rencontre dans l'eau du miroir.
Les rencontres me remettent en mémoire une modalité d'être,
une totalité oubliée.
Elles me cherchent, me trouvent sous les masques.
 Souvent elles me délivrent.
Quand je dis «rencontre ardente»,
je pense à toute la gamme possible de relation entre deux êtres,
 à toutes les modulations existantes dont celle particulière d'amants
ne constitue que l'inflexion extrême.
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vendredi 6 février 2015

53. VALERIE COLIN-SIMARD : Masculin-Féminin, la grande réconciliation


Aujourd’hui en Occident, au moins sur le plan des principes,
la femme est l’égale de l’homme.
Mais il n’en est pas de même des valeurs du féminin :
compétition, chiffres, intellect sont mis sur un piédestal,
souvent au mépris de nos émotions, de notre créativité.
De notre vie. 

Ce modèle nous convient-il toujours ?
Dans le monde du travail, bien des hommes découvrent 
que les valeurs féminines que sont l’écoute, l’empathie ou la coopération, 
alliées à leurs valeurs masculines, nous donnent du charisme 
et améliorent nos performances. 
Tandis qu’à trop vouloir suivre les seules et uniques valeurs du masculin, 
bien des femmes s’épuisent. 

Nous avons maintenant besoin d’une vision plus vaste, 
qui innove et ouvre les frontières entre les sexes entre nous : 
tel est le message de Valérie Colin-Simard, 
l’auteur de "Quand les femmes s’éveilleront." 
Car ce nouvel équilibre entre valeurs du féminin et du masculin
 est une clé essentielle pour permettre de comprendre
 la crise que nous traversons.

 Il est peut-être le problème le plus urgent de notre temps.
 Et l’enjeu crucial d’un nouveau combat qui vise à libérer
 non seulement les femmes mais aussi les hommes. 
Pour devenir des êtres humains à part entière, 
masculin et féminin à la fois. 
Et entrer dans l’ère de la réconciliation.
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53. CITATIONS CHOISIES

Trouver l'équilibre
D'un côté, notre vie professionnelle, intellectuelle, 
le devoir, la performance, la raison.
De l'autre, nos émotions, nos amours, 
le plaisir, la vie privée, la maison...

Bien entendu, ces deux aspects de notre vie ne sont pas égaux : 
les uns sont importants, les autres moins.
Trouver l'équilibre, c'est rétablir le pont 
entre ces deux dimensions de nous-mêmes, 
les accepter et les laisser exister ensemble.
A égalité.
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Dire sa vulnérabilité
Principes masculin et féminin sont le prisme à travers lequel
 sans le savoir nous percevons le monde, 
ils sont comme nos deux yeux. 
Si l'un des deux est obscurci, notre vision est partielle
car elle ne nous permet d'appréhender qu'une partie de la réalité. 
Elle est faussée, un peu comme une erreur de cap 
peut conduire un navire au bout de quelque temps
 à dévier considérablement de sa trajectoire initiale.

Or, aujourd'hui, la donne a changé, les cloisons ont sauté.
 Nous avons l'occasion de redresser la barre.
 Les femmes ne sont plus les seules représentantes des valeurs du féminin 
ni les hommes des valeurs du masculin.
...les hommes autrefois faisaient de leur femme 
 les dépositaires de leurs émotions 
qu'ils vivaient ainsi par procuration à travers elle.
 Aujourd'hui, ils s'autorisent à exprimer leur joie,
 leur malaise, leur tristesse ou même à pleurer, à dire leur vulnérabilité. 
Ils sont de plus en plus nombreux à défendre aujourd'hui
les valeurs du féminin.
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Faire ce que l'on aime 
Si physiquement nous sommes tous hommes OU femmes, 
psychologiquement nous sommes tous habités 
par les valeurs du féminin ET du masculin
Nous sommes en train de devenir des êtres humains à part entière,
 masculins et féminins à la fois.
En route vers la plénitude ?
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Valérie Colin-Simard
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