dimanche 18 juillet 2021

91 . ETTY HILLESUM : Une vie bouleversée

 

Encore un livre que je viens vous re-conseiller...

parce qu'il résonne assez fortement avec l'actualité...

 


 
 
 Je me sens responsable du sentiment grand et beau
que la vie m'inspire et j'ai le devoir d'essayer
de le transporter intact à travers cette époque
pour atteindre des jours meilleurs. ...

 
On peut nous rendre la vie assez dure,
nous dépouiller de certains biens matériels,
nous enlever une certaine liberté de mouvement tout extérieure,
mais c’est nous-mêmes qui nous dépouillons de nos meilleures forces
par une attitude psychologique désastreuse.

En nous sentant persécutés, humiliés, opprimés.
En éprouvant de la haine.
En crânant pour cacher notre peur.

On a bien le droit d’être triste et abattu, de temps en temps,
par ce qu’on nous fait subir : c’est humain et compréhensible.

Et pourtant la vraie spoliation 
c’est nous-mêmes qui nous l’infligeons.

 
Etty Hillesum
"Une vie bouleversée"

 .

 

   
 
 
 
 

91. CITATIONS CHOISIES

 

Je ne vois pas d’autre issue : 
que chacun de nous fasse un retour sur lui-même
 et extirpe et anéantisse en lui
 tout ce qu’il croit devoir anéantir chez les autres. 
Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine
 que nous ajoutons à ce monde
 nous le rend plus inhospitalier qu’il n’est déjà. 
.

Où que je sois, j'essaierai d'irradier un peu d'amour,
de ce véritable amour du prochain qui est en moi.
...
.

L'éventualité de la mort est intégrée à ma vie ;
regarder la mort en face et l'accepter
 comme partie intégrante de la vie, 
c'est élargir cette vie. 
 
A l'inverse, sacrifier dès maintenant à la mort 
un morceau de cette vie, 
par peur de la mort et refus de l'accepter, 
c'est le meilleur moyen de ne garder 
qu'un pauvre petit bout de vie mutilée, 
méritant à peine le nom de vie.
 
Cela semble un paradoxe : 
en excluant la mort de sa vie, 
on se prive d'une vie complète, 
et en l'accueillant on élargit et on enrichit sa vie.
...
.
 
Ce matin en longeant à bicyclette le Stadionkade,
je m’enchantais du vaste horizon
que l’on découvre aux lisières de la ville
et je respirais l’air qu’on ne m’a pas encore rationné.
Partout des pancartes interdisaient aux Juifs
les petits chemins menant dans la nature.
Mais au-dessus de ce bout de route qui nous reste ouvert,
le ciel s’étale tout entier.
On ne peut rien nous faire, vraiment rien.

On peut nous rendre la vie assez dure,
nous dépouiller de certains biens matériels,
nous enlever une certaine liberté de mouvement tout extérieure,
mais c’est nous-mêmes qui nous dépouillons de nos meilleures forces
par une attitude psychologique désastreuse.


En nous sentant persécutés, humiliés, opprimés.
En éprouvant de la haine.
En crânant pour cacher notre peur.
On a bien le droit d’être triste et abattu, de temps en temps,
par ce qu’on nous fait subir : c’est humain et compréhensible.
Et pourtant la vraie spoliation c’est nous-mêmes qui nous l’infligeons.

Je trouve la vie belle et je me sens libre.
En moi des cieux se déploient aussi vastes que le firmament.
Je crois en Dieu et je crois en l’homme.

J’ose le dire sans fausse honte.
 La vie est difficile mais ce n’est pas grave.
Il faut commencer par « prendre au sérieux son propre sérieux »,
le reste vient de soi-même.


Travailler à soi-même,
ce n’est pas faire preuve d’individualisme morbide.
Si la paix s’installe un jour, elle ne pourra être authentique
que si chaque individu fait d’abord la paix en soi-même,
extirpe tout sentiment de haine
pour quelque race ou quelque peuple que ce soit,
ou bien domine cette haine et la change en autre chose,
peut-être même à la longue en amour – ou est-ce trop demander ?
C’est pourtant la seule solution…

Ce petit morceau d’éternité qu’on porte en soi,
on peut l’épuiser en un mot aussi bien qu’en dix gros traités.
Je suis une femme heureuse et je chante les louanges de cette vie,
 oui vous avez bien lu, en l’an de grâce 1942,
en la énième année de guerre." 
...
.


 Etty Hillesum
"Une vie bouleversée"
.



samedi 20 février 2021

90- CHRISTIANE SINGER : Du bon usage des crises


Voici, enfin,  le troisième et dernier livre de ce blog
qu'il me paraît indispensable de "relire" en ce moment  :


 
 
L'insignifiance et la futilité qui règnent en maîtres
barrent l'accès au réel et à la profondeur : 
Aussi ai-je gagné la certitude que les catastrophes ne sont là
que pour nous éviter le pire.
Et y a-t-il pire que d'avoir traversé la vie
sans houle et sans naufrage,
d'être resté à la surface des choses,
d'avoir dansé toute une vie au bal des ombres ?
.
Christiane Singer
.
 

 



90 - CITATIONS CHOISIES

 

Les pensées négatives sont puissantes
et nous aspirent vers la noirceur.
Et la même force est à notre disposition
dans la ferveur.

.
Annick de Souzenelle m'a donné cette magnifique phrase :
"Un arbre qui tombe fait plus de bruit
que toute une forêt qui pousse."

Nos actualités, nos informations ne sont faites que d'arbres qui tombent. 

Le monde aurait disparu depuis bien longtemps si ceci était l'unique réalité. 
Le monde tient debout par ce réseau d'amour que nous créons, vous et moi, 
chaque jour, et tous ces êtres qui, en cet instant, sont en train de faire quelque chose, 
des actes d'amour dans le monde, un regard de tendresse pour la terre 
qui nous entoure, pour la création. 
Cela tient le monde debout.

Il ne s'agit pas de se détacher du monde, 
mais de le rencontrer à partir d'une autre force. 

Quelque chose en moi sait que rien ne peut m'arriver, 
que rien ne peut me détruire. 
C'est ce noyau infracassable en nous, 
ce noyau infracassable du divin en nous. 
Alors la peur cesse, et quand la peur cesse, 
il y a un drôle de morceau de moins d'horreur sur la terre!

Parce que la peur est la plus grande créatrice de réalités qui existe. 
Ce dont nous avons peur, nous le créons presque irrémédiablement.

C'est quelque chose d'effarant. Vous avez dû le remarquer dans votre vie. 
La peur a le pouvoir d'engendrer images et réalités. 
Dans l'univers d'épouvante dans lequel nous vivons, 
tout tient par la peur. 

Il faut y répondre en congédiant en nous la peur, 
en reprenant contact avec ce noyau infracassable qui nous habite.
Christiane Singer
"Du bon usage des crises"
.
 
 
 

 

mardi 29 septembre 2020

89 - JEAN-CHRISTOPHE RUFIN : Globalia

 
Pour la deuxième fois,
et pour des raisons d'"actualité", 
je me permets de vous proposer à nouveau
 
 
S'il fallait le résumer en une phrase, 
 je dirais qu'il décrit, de façon romancée,
ce que peut devenir une société,
quand on pousse le curseur "sécurité" 
au maximum...

 
 


 
L'univers de Jean-Christophe Rufin pourrait être
celui d'un Nouveau Monde. 
Une démocratie compartimentée, 
régie par un calendrier où chaque jour a sa valeur, 
habillée de bulles de verre, 
assurant une température agréable et idéale toute l'année ;
 des indicateurs au service d'une protection sociale 
où dominent psychologues et officiers ; 
la volonté de faire perdurer les existences ;
 une prospérité ad vitam aeternam pour tous 
et tout le monde au pas. 
 
En somme, en apparence ça pourrait aller plus mal ! 
Seulement voilà, ce monde nouveau, 
calibré, mesuré, étudié, encadré est bien ennuyeux. 
On y bannit le passé, on y surveille la pensée, 
on contrôle les sorties du territoire, 
on montre du doigt les réfractaires. 
Tel est le prix et le revers de l'uniformisation. 
 
Un prix difficilement supportable pour Baïkal Smith 
qui tenterait bien l'aventure ailleurs, 
avec ses risques et périls. 
 
Globalia vaut donc bien Big Brother 
et 2004 revêt des allures de 1984.
 Sur les traces d'Orwell, mais pleinement inscrit dans son temps, 
Jean-Christophe Rufin épingle les travers de nos modernités, 
en proie aux totalitarismes. 
(...)
 




89 - CITATIONS CHOISIES

 
 
 Le problème, je vous l’ai dit, 
c’est que les gens ont besoin de la peur. 
Pas vous, peut-être. Vous êtes une exception. 
Mais les autres, tous les autres : 
pourquoi croyez-vous qu’ils allument leurs écrans chaque soir ?
Pour savoir à quoi ils ont échappé. 
(La peur) est une denrée vitale. 
Dans une société de liberté, c'est la seule chose 
qui fait tenir les gens ensemble. 
Sans menace, sans ennemi, sans peur, pourquoi obéir, 
pourquoi travailler, pourquoi accepter l'ordre des choses ? 
Croyez-moi, un bon ennemi est la clef d'une société équilibrée. 
.
 

Il avait une envie profonde de s'autoriser la sincérité. 
Un instant, il se sentit vieux, misérable et sale, 
impuissant surtout, terriblement impuissant.
— Le Président, soupira-t-il… 
Croyez-vous qu'il ait la moindre autorité sur ces choses ?
(…)
— Vous savez ce que c'est notre métier ? commença-t-il. 
Du théâtre, voilà tout. 
Nous représentons, cela dit bien ce que cela veut dire. 
.
 
 Toutefois, on ne saurait trop insister sur l'importance des mentalités. 
La cohésion en Globalia ne peut être assurée
 qu'en sensibilisant sans relâche les populations 
à un certain nombre de dangers: 
le terrorisme, bien sûr, 
les risques écologiques et la paupérisation. 
Le ciment social doit être la peur de ces trois périls 
et l'idée que seule la démocratie globalienne 
peut leur apporter un remède. 
.
 
Il ne s'agissait bien sûr pas de les surveiller 
mais seulement d'assurer leur sécurité.
.
 
Brusquement Baïkal se redressa 
et regarda autour de lui avec les yeux 
de celui qui s'éveille d'un long rêve.
(...)
Le tragique de la vie humaine lui apparaissait dans toute sa cruauté : 
il était impossible de vivre en Globalia sans perdre son âme 
mais au prix de cette renonciation, 
on obtenait au moins la consolation des objets, 
le confort, les douceurs de la prospérité. 
 .
 
Désormais, il voyait en Globalia un ennemi, 
une construction humaine retournée contre les hommes, 
un édifice fondé sur la liberté mais qui écrasait toute liberté, 
un monstre politique à détruire.  
.

 
.
 
 
 

vendredi 17 avril 2020

88 - DENIS MARQUET : Colère


En ces temps troublés, 
de pandémie et de bouleversements en tous genres,
je crois qu'il peut être utile 
de (re)lire ce livre de Denis Marquet,
visionnaire et précurseur de bien des façons.

Je le ressors donc des "oubliettes" de ce blog
et je vous le poste une deuxième fois...
non pas pour vous faire peur, 
mais parce que le livre ouvre aussi,
et c'est son principal intérêt, 
de fabuleuses pistes de réflexion...



Résumé  du livre 
(publié en 2003) :
 
Des virus nouveaux frappent la population.
Les animaux deviennent  agressifs.
Séismes, ouragans, raz de marée se multiplient.
Tout se passe comme si la nature,
brutalement, s'était mise en colère.
Hypothèse absurde ?
Pas aux yeux de Mary, l'anthropologue, 
depuis longtemps initiée
aux secrets de la spiritualité ancienne.

Scientifiques et gouvernants s'affolent.
La tragédie va crescendo.
L'espèce humaine va-t-elle disparaître ?
Denis Marquet signe avec ce premier roman
un thriller-catastrophe d'une ampleur inouïe,
qui sonne comme un ultime avertissement
donné à l'homme,
devenu le bourreau de sa planète.
.

"Le scénariste déchaîné n'oublie jamais qu'il est aussi philosophe. 
Son apocalypse n'en est que plus crédible".
Didier Sénécal "Lire"

"Colère" se présente avant tout comme un formidable thriller.
On le dévore avec un plaisir pimenté d'angoisse.
Roman-catastrophe détaillant un naufrage titanesque, 
celui de ce vaisseau qu'on disait insubmersible : la Terre.

Bernard Le Saux "Le Figaro Magazine"
.



Interview de l'auteur
(sur un autre sujet)
.



88- CITATIONS CHOISIES



C'est fou comme le monde peut changer en quelques jours.
J'habite Winsburg depuis quatre ans.
C'est une petite ville adorable, trente kilomètres au sud de Phoenix.
Les gens se parlent, aucun problème de communautés. 
Il y fait bon vivre.
Je devrais dire : il y faisait bon...
Je suis sorti en début d'après-midi faire un tour.
J'avais passé plus de trente heures devant mon ordinateur...(...)
Trente heures sans dormir ni manger.
J'avais besoin d'un bol d'air, de voir du monde, 
de parler à quelqu'un avant de rentrer m'écrouler sur un divan.
 J'ai pris l'air mais je n'ai vu personne.

Il m'était arrivé, certains jours de grande chaleur,
de me balader dans Winsburg déserte. 
Tout le monde abrité dans l'ombre des maisons, volets fermés...
mais on sentait de la vie à l'intérieur, un désir de vivre et d'ouvrir
et, à la nuit tombante, on se retrouvait à respirer la fraîcheur du soir,
à partager une bière au Barney's.
Alors que là...une ville désertée.
Morte, totalement.
Une ville sans désir.
Une ville de peur.
Les gens sont terrés.
(...)

Un peu partout on a peur de manquer,
alors on fait des stocks.
Ce qui engendre des pénuries.
A Winsburg, on n'a pas encore vu
de queues devant les magasins,
mais dans certaines grandes villes...
(...)
On ne se touche plus et on ne se parle plus.
Le corps de l'autre, parce qu'il est en vie, est une menace.
Ceux qui le peuvent fuient les grandes villes;
les autres y vivent terrés, fuyant les contacts.
Les grandes entreprises autorisent les cols blancs 
à travailler depuis leur domicile.
Les bureaux sont déserts.

Wall Street s'affole, 
la plupart des cours sont en chute libre.
(...)
.
Denis Marquet
"Colère"
(2003)
.



vendredi 18 octobre 2019

87- RICHARD BACH : Jonathan Livingston le goéland




Décidément, Jonathan Livingston n'est pas un goéland comme les autres.
Sa seule passion : voler toujours plus haut et plus vite pour être libre.
Mais cet original qui ne se contente pas de voler pour se nourrir
ne plaît guère à la communauté des goélands.
 Condamné à l'exil, seul, Jonathan poursuit ses découvertes,
sans peur, sans colère.

Il est seulement triste de ne pouvoir les partager,
jusqu'au jour où il rencontre des amis...
Jonathan apprend alors à briser les chaînes
qui emprisonnent son corps et ses pensées.

Ce livre est une fable sur le fait de tirer le meilleur parti de nos vies,
même si nos objectifs sont contraires aux normes de notre tribu.
C'est un chef d'oeuvre non seulement par sa forme,
mais par la lecture entre les lignes qu'il permet.
Un peu dans la lignée du "Petit Prince" de Saint-Exupéry...
Il est d'ailleurs intéressant de noter
que les deux auteurs étaient tous deux aviateurs.

Hymne à la découverte et à la liberté, 
ce court roman est une petite merveille de poésie 
mais aussi un conte initiatique
et un best-seller traduit dans le monde entier.


.







87- CITATIONS CHOISIES


 As-tu idée du nombre de vies qu'il nous aura fallu vivre 
avant que de soupçonner qu'il puisse y avoir mieux à faire dans l'existence 
que manger, ou se battre, ou bien conquérir le pouvoir 
aux dépens de la communauté ? 
.
– Irresponsabilité ? Mes frères ! s’écria-t-il, 
qui donc est plus responsable que le goéland
qui découvre un sens plus noble à la vie 
et poursuit un plus haut dessein que ceux qui l’ont précédé ? 
Mille années durant, nous avons joué des ailes et du bec
pour ramasser des têtes de poisson,
 mais désormais nous avons une raison de vivre :
apprendre, découvrir, être libres !
 Offrez-moi seulement une chance de vous convaincre, 
laissez-moi vous montrer ce que j’ai découvert… 
.
Brisez vos limites, faites sauter les barrières de vos contraintes, 
mobilisez votre volonté, exigez la liberté comme un droit,
soyez ce que vous voulez être. 
Découvrez ce que vous aimeriez faire 
et faites tout votre possible pour y parvenir. 
.
Il parla de choses fort simples,
disant qu’il appartenait à un goéland de voler, 
que la liberté est dans la nature même de son être, 
que tout ce qui entrave cette liberté doit être rejeté, 
qu’il s’agisse d’un rite, d’une superstition 
ou d’un quelconque interdit.  
.
Jonathan le goéland comprit que l'ennui, la peur et la colère 
sont les raisons pour lesquelles la vie des goélands est si brève 
et, comme il les avait chassés de ses pensées, 
il vivait pleinement une existence prolongée et belle. 
.
Votre corps, d’une extrémité d’aile à l’autre, disait parfois Jonathan, 
 n’existe que dans votre pensée, qui lui donne une forme palpable. 
 Brisez les chaînes de vos pensées et vous briserez aussi les chaînes 
qui retiennent votre corps prisonnier...
.
-Tu n'aimes ni la haine, ni le mal, c'est évident. 
Il faut t'efforcer de voir le Goéland véritable 
- celui qui est bon - en chacun de tes semblables 
et l'aider à le découvrir en lui-même. 
C'est là ce que j'entends par amour.  
.
Pour voler à la vitesse de la pensée vers tout lieu existant, 
il te faut commencer par être convaincu 
que tu es déjà arrivé à destination. 
.
Richard Bach
Jonathan Livingstone le Goéland
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mercredi 2 octobre 2019

86 - HERVE KEMPF : Comment les riches détruisent la planète


Voici un livre qui date de 2007, 
mais qui est - plus que jamais- d'actualité...




Nous sommes à un moment de l'histoire 
qui pose un défi radicalement nouveau à l'espèce humaine : 
pour la première fois, son prodigieux dynamisme
 se heurte aux limites de la biosphère. 

Vivre ce moment signifie que nous devons trouver les moyens
 d'orienter différemment l'énergie humaine. 
C'est un défi magnifique, mais redoutable.
 Or une classe dirigeante prédatrice et cupide, gaspillant ses prébendes, 
mésusant du pouvoir, fait obstacle au changement de cap qui s'impose. 

Elle ne porte aucun projet, n'est animée d'aucun idéal, 
ne délivre aucune parole mobilisatrice. 
Elle prétend que toute alternative est impossible. 
Cette représentation du monde méconnaît
la puissance explosive de l'injustice, 
sous-estime la gravité de l'empoisonnement de la biosphère, 
promeut l'abaissement des libertés publiques. 

Pour l'auteur de ces pages incisives et bien informées, 
on ne résoudra pas la crise écologique 
sans s'attaquer à la crise sociale concomitante.
Elles sont intimement liées. 
Ce sont aujourd'hui les riches qui menacent la planète. 
.




86 - CITATIONS CHOISIES



J'émets de surcroît , à titre de réflexion, 
une hypothèse provocante.
Naïvement, nous pensons que la catastrophe écologique à venir 
est redoutée par les hyper-riches.
Ils en seraient inconscients ou se sentiraient impuissants.
Mais non.
Ils la souhaitent, ils aspirent  à l'exacerbation, au désordre, 
ils jouent à se rapprocher toujours plus de la limite invisible du volcan,
 ils jouissent de l'excitation que procure 
un comportement si évidemment asocial.
(...)
On ne peut exclure de la part de l'oligarchie
un désir inconscient de catastrophe, 
la recherche d'une apothéose de la consommation 
que serait la consommation de la terre elle-même par l'épuisement, 
par le chaos et par la guerre nucléaire.
La violence est au coeur du processus
qui fonde la société de consommation, 
rappelait Jean Baudrillard :
"L'usage des objets ne mène qu'à leur déperdition lente.
La valeur créée est beaucoup plus intense 
dans leur déperdition violente.
.
Hervé Kempf
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mercredi 21 août 2019

85 : YANN LA FLECHE - La prophétie du cinquième règne




Alors qu'il traverse une période difficile de sa vie,
Erwan trouve refuge en Bretagne.

Une étrange rencontre sur un site mégalithique va bouleverser sa vie.
Détenteur d"un savoir spirituel et d'une vaste culture,
un inconnu révélera à Erwan que notre société,
marquée par le matérialisme et les rapports de force,
appartient au quatrième règne
mais se trouve au seuil crucial d'un nouveau règne.

Quel est donc ce "cinquième règne" qui doit émerger
sous peine de voir l'humanité disparaître ?
La crise que nous vivons a-t-elle un sens ?
Comment élever notre conscience ?

La prophétie du cinquième règne est bien plus qu'un roman initiatique.
Vous y recevrez un enseignement essentiel pour vous comprendre
et connaître l'évolution secrète de l'homme.









85 : CITATIONS CHOISIES


-Comment fais-tu pour parler pendant des heures de sujets aussi élevés 
avec autant d'aisance, sans hésitation, lui demandai-je?

-Ce n'est pas moi qui parle, me dit-il 
en me regardant droit dans les yeux.

-Pardon? Et qui parle, alors?

-Je m'aligne avec mon être, comme je te l'ai expliqué, 
et quelqu'un guide mes paroles. C'est moi et ce n'est pas moi. 
.

Yann La Flèche

lundi 25 février 2019

84 : RICHARD POWERS - L'arbre monde




Richard Powers embrasse un sujet aussi vaste que l'univers : 
celui de la nature et de nos liens avec elle. 
Après des années passées seule dans la forêt à étudier les arbres, 
la botaniste Pat Westerford en revient avec une découverte 
sur ce qui est peut-être le premier et le dernier mystère du monde : 
la communication entre les arbres.
Autour de Pat s'entrelacent les destins de neuf personnes 
qui peu à peu vont converger vers la Californie, 
où un séquoia est menacé de destruction.

Au fil d'un récit aux dimensions symphoniques, 
Richard Powers explore ici le drame écologique 
et notre égarement dans le monde virtuel. 
Son écriture généreuse nous rappelle que, hors la nature, 
notre culture n'est que " ruine de l'âme ". 
.
 


84 : CITATIONS CHOISIES


Il y a un proverbe chinois : 
quel est le meilleur moment pour planter un arbre ?
Vingt ans plus tôt."
L'ingénieur chinois sourit. "Pas mal.
Et à défaut, quel est le meilleur moment ?...
Aujourd'hui." 

Le monde comptait six billions d'arbres quand les humains sont apparus. 
Il en reste la moitié. Dont la moitié encore aura disparu dans cent ans. 
.

Vieillard, je ne veux
que la paix.
Les choses de ce monde
n'ont pas de sens.
Je ne vois nulle bonne façon
de vivre et ne peux
m'empêcher de me perdre dans mes
pensées, mes antiques forêts.
Le vent qui agite les pins
desserre ma ceinture.
La lune des montagnes m'éclaire
tandis que je joue du luth.  
.

- Et vingt ans, c'est long dans ce domaine?
- Pour un arbre, c'est rien du tout."
Tous les humains en conflit dans cette salle d'audience éclatent de rire. 
Mais pour les hommes - les implacables, les ingénieux, les laborieux hommes-,
 vingt ans, ça laisse le temps de détruire des écosystèmes entiers. 
La déforestation: un plus puissant changeur de climat 
que tous les moyens de transport réunis. 
Il y a deux fois plus de carbone dans les forêts qu'on abat 
que dans toute l'atmosphère. Mais ça, c'est un autre procès.
Le juge demande: 
" Des arbres jeunes, droits, à croissance rapide 
ne valent pas mieux que de vieux arbres pourrissants?
- Pour nous, oui. Mais pas pour la forêt. 
A vrai dire, de jeunes plantations contrôlées et homogènes 
ne méritent même pas le nom de forêts."  
.

Mais les humains n'ont aucune idée de ce qu'est le temps. 
Ils croient que c'est une ligne , 
qui commence à se dérouler trois secondes derrière eux 
pour disparaître tout aussi vite 
dans les trois secondes de brouillard devant eux. 
Ils ne voient pas que le temps est un cercle en expansion 
qui en enveloppe un autre, en s'étendant toujours,
 jusqu'à ce que la plus fine peau de l'Aujourd'hui 
dépende pour exister 
de l'énorme masse de tout ce qui est déjà mort. 
.

.

.

vendredi 18 janvier 2019

83 : CITATIONS CHOISIES

 
Il y a autant de niveaux de perception
qu'il y a de niveaux de Réalité.
*
   La complexité aliénante d'un seul niveau de Réalité
peut être la simplicité harmonieuse
d'un autre niveau de Réalité.
Question de traduction .
*
L'objectivité dépend du niveau de réalité.
L'objectivité associée au niveau macrophysique
est une pure et arbitraire subjectivité
non avouée et non avouable.
*
Sans discontinuité il n'y a pas de conscience
et sans conscience il n'y a pas de discontinuité.
La discontinuité est un des signes de la conscience cosmique.
*
     Dehors - les grands accélérateurs de particules ;
dedans - le grand accélérateur de conscience.
" Dehors" et " dedans" ne sont que deux facettes
d'une seule et même Réalité.
*
Le vrai sens de la fête :
pénétration d'un niveau de Réalité
par un autre niveau de Réalité.
Le monde est rempli de miracles.
Ce sont eux qui constituent
la dimension poétique de l'existence.  
*
   Le mot vivant : éclair traversant en un seul instant
tous les niveaux de Réalité.
*
Le goût de vivre - perception simultanée
de tous les niveaux de Réalité.
* 
.

83 : BASARAB NICOLESCU - Théorèmes poétiques




La lecture des Théorèmes Poétiques est un vertige.
Passionnant et réel voyage dans un espace 
où l'on entre en interaction avec les niveaux de réalité qui se croisent,
 s'interpénètrent pour nous permettre de surgir de l’abîme.

 
Visiter « ce lieu de rencontre entre la physique quantique, 
la philosophie de la nature et l’expérience intérieure » est une expérience.
 C’est plus de mille théorèmes 
que Basarab Nicolescu écrivit " à toute vitesse " en 1994,
 comme guidé par un souffle créateur. 

Michel Camus dans sa préface en raconte la genèse 
et parle de cet ouvrage comme un ciel étoilé 
où scintillent toutes les questions que se pose l’homme. 
 C'est une rencontre passionnante 
à laquelle nous convie Basarab Nicolescu
 pour qui "l'imaginaire poétique n'est rien d'autre 
que l'imaginaire quantique"
.


samedi 17 novembre 2018

82. CITATIONS CHOISIES

 
On vous répète à l’envi que prendre une douche
plutôt qu’un bain permettra d’économiser
les ressources hydriques de la planète ?

En réalité, 92 % de l’eau utilisée sur la planète l’est
par l’agriculture et l’industrie.


Vous triez, vous compostez ?
Mauvaise nouvelle, les déchets des ménages représentent
seulement 3 % de la production totale de déchets aux Etats-Unis
et 8,3 % en Europe.


Aussi incroyable que cela puisse paraître
à tous ceux qui sont habités
par un sentiment d’urgence écologique absolue,
ce sujet n’attire pas les foules.

D’après de nombreux scientifiques,
il ne resterait plus que quelques années pour réagir.
Mais comment ?

Les mobilisations contre le changement climatique sont ridiculement faibles
et, bien souvent, les néo-écolos ne savent pas très bien par quoi commencer,
s’épuisent dans des petites actions à faible impact,
s’épanouissent dans des projets qui ne font pas encore système
avec les organisations sociales, politiques, économiques qui les entourent.
.


Cyril Dion
"Petit manuel de résistance contemporaine"



82. CYRIL DION - Petit manuel de résistance contemporaine


Que faire face à l’effondrement écologique qui se produit sous nos yeux ?
Dans ce petit livre incisif et pratique, l’auteur de Demain 
s’interroge sur la nature et sur l’ampleur de la réponse à apporter à cette question.
 Ne sommes-nous pas face à un bouleversement 
aussi considérable qu’une guerre mondiale ?
Dès lors, n’est-il pas nécessaire
d’entrer en résistance contre la logique à l’origine
cette destruction massive et frénétique de nos écosystèmes, 
comme d’autres sont entrés en résistance contre la barbarie nazie ?
Mais résister contre qui ? 
Cette logique n’est-elle pas autant en nous qu’à l’extérieur de nous ?
Résister devient alors un acte de transformation intérieure
autant que d’engagement sociétal…

Avec cet ouvrage, Cyril Dion propose de nombreuses pistes d’actions : 
individuelles, collectives, politiques, mais, plus encore,
 nous invite à considérer la place des récits 
comme moteur principal de l’évolution des sociétés. 
Il nous enjoint de considérer chacune de nos initiatives 
comme le ferment d’une nouvelle histoire
 et de renouer avec notre élan vital.
À mener une existence où chaque chose que nous faisons, 
depuis notre métier jusqu’aux tâches les plus quotidiennes,
 participe à construire le monde dans lequel nous voulons vivre. 
Un monde où notre épanouissement personnel 
ne se fait pas aux dépens des autres et de la nature, 
mais contribue à leur équilibre.





lundi 22 octobre 2018

81. PABLO SERVIGNE - RAPHAËL STEVENS - Comment tout peut s'effondrer




Et si notre civilisation s'effondrait ? 
Non pas dans plusieurs siècles, mais de notre vivant. 
Loin des prédictions Maya et autres eschatologies millénaristes, 
un nombre croissant d'auteurs, de scientifiques et d institutions 
annoncent la fin de la civilisation industrielle 
telle qu' elle s est constituée depuis plus de deux siècles.
 Que faut-il penser de ces sombres prédictions ? 
Pourquoi est-il devenu si difficile d'éviter un tel scénario ?




81. CITATIONS CHOISIES


Dans l’univers d’un élevage de dindes,
tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes :
l’éleveur vient tous les jours donner des grains
et il fait toujours chaud.
 Les dindes vivent dans un monde de croissance et d’abondance...
jusqu’à la veille de Noël !
S’il y avait une dinde statisticienne spécialiste de la gestion des risques,
le 23 décembre, elle dirait à ses congénères
qu’il n’y a aucun souci à se faire pour l’avenir...
.

L’histoire du carbone et de son complexe techno industriel 
est probablement le plus grand verrouillage de l’histoire. 
« Les “conditions initiales”, l’abondance de charbon ou de pétrole, 
mais aussi des décisions politiques encourageant 
une source d’énergie plutôt qu’une autre [ont déterminé] 
les trajectoires technologiques sur une très longue durée. »
 Aujourd’hui, si on retire le pétrole, le gaz et le charbon, 
il ne reste plus grand-chose de notre civilisation thermo-industrielle. 
Presque tout ce que nous connaissons en dépend : 
les transports, la nourriture, les vêtements, le chauffage, etc. 
La puissance économique et politique des majors du pétrole et du gaz 
est devenue démesurée, à tel point que 90 entreprises mondiales 
ont été à elles seules responsables de l’émission 
de 63 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1751. 
.

Pire, les partisans de la transition énergétique (vers les renouvelables) 
ont besoin de cette puissance thermique 
pour construire un système énergétique alternatif. 
Le paradoxe est alors plutôt cocasse : 
pour espérer survivre, notre civilisation doit lutter 
contre les sources de sa puissance et de sa stabilité, 
c’est-à-dire se tirer une balle dans le pied ! 
Quand la survie de la civilisation dépend totalement 
d’un système technique dominant, 
c’est le verrouillage ultime. 
.

Certes, la possibilité d'un effondrement
ferme des avenirs qui nous sont chers, et c'est violent,
 mais il en ouvre une infinité d'autres,
dont certains étonnamment rieurs.
Tout l'enjeu est donc d'apprivoiser ces nouveaux avenirs,
et de les rendre vivables.
.
 Pablo Servigne- Raphaël Stevens
"Comment tout peut s'effondrer"
.



lundi 30 juillet 2018

80. HENRI VINCENOT - Le pape des escargots - Les étoiles de Compostelle




Dans les Hauts forestiers de Bourgogne vit un chemineau truculent surnommé La Gazette. Paré d'attributs bizarres, il joue les prophètes et se dit «pape des escargots» et immortel. Il mendie mais apporte en échange sa bonne parole.
La Gazette va être mêlé incidemment au destin de Gilbert, un jeune paysan qui se révèle exceptionnellement doué pour la sculpture. Ensemble et à l'écart du monde moderne, ils vont vivre les aventures singulières réservées aux inspirés et aux poètes. La Gazette considère Gilbert comme son fils spirituel. Aussi essaie-t-il d'intervenir dans sa vie professionnelle et dans sa vie privée.
Dans cette histoire truculente, contée admirablement par Henri Vincenot, la Bourgogne et ses monuments spirituels reçoivent un éclairage nouveau qui nous les montre à la fois dans leur grandeur mystique et dans leur beauté populaire et quotidienne.





 XIIIe siècle. Les «essarteurs» vous prenaient une forêt chenue et, en vingt ans, vous en faisaient un versant fertile. Jehan le Tonnerre était de ceux-là, sauvages et farouches comme des chevreuils, tenus en lisière par les gens des villages, quand la curiosité et la fatalité l'ont mené jusqu'au chantier de construction d'une abbaye cistercienne. Et le voilà bientôt enrôlé par les Compagnons constructeurs, ces «Enfants de Maître Jacques», mystérieux «Pédauques» dont il fera partie après une longue initiation.
Vincenot se fait plus que le chroniqueur de cette singulière aventure, à la fois mystique et quotidienne, des bâtisseurs de cathédrales : «Ces gens, ces pays, ces édifices, je les ai vraiment vus, touchés, respirés avec les yeux, les mains, les poumons de Jehan le Tonnerre...
J'ai pensé alors que j'étais le "retour" de Jehan le Tonnerre, à sept cents ans de distance, dans le cercle d'Abred...»