lundi 22 octobre 2018

81. PABLO SERVIGNE - RAPHAËL STEVENS - Comment tout peut s'effondrer




Et si notre civilisation s'effondrait ? 
Non pas dans plusieurs siècles, mais de notre vivant. 
Loin des prédictions Maya et autres eschatologies millénaristes, 
un nombre croissant d auteurs, de scientifiques et d institutions 
annoncent la fin de la civilisation industrielle 
telle qu' elle s est constituée depuis plus de deux siècles.
 Que faut-il penser de ces sombres prédictions ? 
Pourquoi est-il devenu si difficile d'éviter un tel scénario ?




81. CITATIONS CHOISIES


Dans l’univers d’un élevage de dindes,
tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes :
l’éleveur vient tous les jours donner des grains
et il fait toujours chaud.
 Les dindes vivent dans un monde de croissance et d’abondance...
jusqu’à la veille de Noël !
S’il y avait une dinde statisticienne spécialiste de la gestion des risques,
le 23 décembre, elle dirait à ses congénères
qu’il n’y a aucun souci à se faire pour l’avenir...
.

L’histoire du carbone et de son complexe techno industriel 
est probablement le plus grand verrouillage de l’histoire. 
« Les “conditions initiales”, l’abondance de charbon ou de pétrole, 
mais aussi des décisions politiques encourageant 
une source d’énergie plutôt qu’une autre [ont déterminé] 
les trajectoires technologiques sur une très longue durée. »
 Aujourd’hui, si on retire le pétrole, le gaz et le charbon, 
il ne reste plus grand-chose de notre civilisation thermo-industrielle. 
Presque tout ce que nous connaissons en dépend : 
les transports, la nourriture, les vêtements, le chauffage, etc. 
La puissance économique et politique des majors du pétrole et du gaz 
est devenue démesurée, à tel point que 90 entreprises mondiales 
ont été à elles seules responsables de l’émission 
de 63 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre depuis 1751. 
.

Pire, les partisans de la transition énergétique (vers les renouvelables) 
ont besoin de cette puissance thermique 
pour construire un système énergétique alternatif. 
Le paradoxe est alors plutôt cocasse : 
pour espérer survivre, notre civilisation doit lutter 
contre les sources de sa puissance et de sa stabilité, 
c’est-à-dire se tirer une balle dans le pied ! 
Quand la survie de la civilisation dépend totalement 
d’un système technique dominant, 
c’est le verrouillage ultime. 
.

Certes, la possibilité d'un effondrement
ferme des avenirs qui nous sont chers, et c'est violent,
 mais il en ouvre une infinité d'autres,
dont certains étonnamment rieurs.
Tout l'enjeu est donc d'apprivoiser ces nouveaux avenirs,
et de les rendre vivables.
.
 Pablo Servigne- Raphaël Stevens
"Comment tout peut s'effondrer"
.



lundi 30 juillet 2018

80. HENRI VINCENOT - Le pape des escargots - Les étoiles de Compostelle




Dans les Hauts forestiers de Bourgogne vit un chemineau truculent surnommé La Gazette. Paré d'attributs bizarres, il joue les prophètes et se dit «pape des escargots» et immortel. Il mendie mais apporte en échange sa bonne parole.
La Gazette va être mêlé incidemment au destin de Gilbert, un jeune paysan qui se révèle exceptionnellement doué pour la sculpture. Ensemble et à l'écart du monde moderne, ils vont vivre les aventures singulières réservées aux inspirés et aux poètes. La Gazette considère Gilbert comme son fils spirituel. Aussi essaie-t-il d'intervenir dans sa vie professionnelle et dans sa vie privée.
Dans cette histoire truculente, contée admirablement par Henri Vincenot, la Bourgogne et ses monuments spirituels reçoivent un éclairage nouveau qui nous les montre à la fois dans leur grandeur mystique et dans leur beauté populaire et quotidienne.





 XIIIe siècle. Les «essarteurs» vous prenaient une forêt chenue et, en vingt ans, vous en faisaient un versant fertile. Jehan le Tonnerre était de ceux-là, sauvages et farouches comme des chevreuils, tenus en lisière par les gens des villages, quand la curiosité et la fatalité l'ont mené jusqu'au chantier de construction d'une abbaye cistercienne. Et le voilà bientôt enrôlé par les Compagnons constructeurs, ces «Enfants de Maître Jacques», mystérieux «Pédauques» dont il fera partie après une longue initiation.
Vincenot se fait plus que le chroniqueur de cette singulière aventure, à la fois mystique et quotidienne, des bâtisseurs de cathédrales : «Ces gens, ces pays, ces édifices, je les ai vraiment vus, touchés, respirés avec les yeux, les mains, les poumons de Jehan le Tonnerre...
J'ai pensé alors que j'étais le "retour" de Jehan le Tonnerre, à sept cents ans de distance, dans le cercle d'Abred...»





 
  
 


80 . CITATIONS CHOISIES


- On m'a dit que toi, tu pourrais me répondre là-dessus! Moi, je ne comprends pas que, pour la protéger de la pluie, on se donne tant de peine pour mettre tout simplement un plafond et un toit sur les murs de votre église.

Le Prophète poussa un des ces rugissements dont il prétendait s'éclaircir la voix:

-Ecoutez-moi ça! hurla t-il. La pluie?! Est-il bien question de la pluie?...La pluie? En vérité?...Garçon! La voûte, montée et posée sur les murs et ses piliers, remplace tout simplement le dolmen (il prononçait "taol-men"), la lourde pierre-table de nos mégalithes, posée sur les pierres levées...(...)En vérité je vous le dis, ces basiliques, ces églises, comme vous dites, sont des dolmens perfectionnés, des instruments de régénération humaine par...

On n'entendit pas la suite.

 
Henri Vincenot
"Les étoiles de Compostelle"
 
.
 
 
Les artistes sont l’élite ! L’élite était le levain des campagnes et les campagnes se vident vers le capitales pour y faire des chiens savants ! Gilbert et moi ? Nous sommes les dernières racines qui vous retiennent encore à votre sol… Moi, je sers le Verbe, lui est le prêtre de la Forme, c’est la seule différence ! Nous sommes tous deux les dernières gouttes de ce sang qui a porté la vie de l’esprit dans tous les recoins des combes bourguignonnes ! Après nous, vous vivrez comme des ilotes, parce que vos derniers grillons se seront tus, et vous crèverez d’ennui, alors vous ferez comme les autres, vous irez les rejoindre dans leurs cités modèles… »
Et d’abord, ce n’est pas une chapelle, c’est un système imaginé pour tirer la santé du fond de la terre ! C’est moi le grand druide qui te le dis !
(…)
Au fond du trou brillait une eau transparente et, parmi les gravats, ils trouvèrent une figure grossière de femme assise posant le pied sur un serpent.
– le puits celtique ! Râlait la Gazette. Le contact d’eau ! La Dame-de-sous-terre avec son pied sur la Vouivre !
(…)
Non, je ne me suis pas trompé : c’est pour capter la Vouivre que j’avais fait construire cette chapelle sur l’emplacement de notre Dolmen brisé par Saint Martin, saint Martin l’iconoclaste !
(…)
Et ce porc paraissait tenir un fil et un fuseau.
– et voilà la truie ! cria le vieux.
– la truie ? demanda Gilbert.
– oui. C’est la signature du Druide. Partout où tu verras une truie, il y a un druide ! Car en celte, les mots « truie » et « druid » sont presque les mêmes. La truie qui file, c’est le druide qui remonte le fil de la connaissance, c’est l’Initie !
Tu verras des cochons qui filent dans les recoins les plus discrets des cathédrales  de la bonne époque. Il y a une truie qui file à Chartres, à Autun, à  Notre Dame, et bien d’autres encore. (…) Les derniers grands druides ont fait comme moi : ils sont entrés dans les ordres, pas si bêtes !
« Appris ? ricana la Gazette, croyez-vous qu’on apprenne ces choses ? On les connaît depuis des millénaires, ou plutôt elles vous possèdent depuis le commencement du monde ! Il suffit d’avoir la simplicité de bien vouloir se laisser faire… Le talent, monsieur, c’est l’obéissance, l’acceptation. Notre Gilbert est celui qui a accepté d’être l’interprète, en toute humilité…
– Ta passion mégalithique ne t’a pas coupé l’appétit, je parie ?
- Bien au contraire. Tu sais que le jeûne est de rigueur pour le solstice…
– Je sais que le carême… Disait le chanoine
– … Qui encadre le solstice… Coupait le vieux.
– … Mais qui précède l’agonie du Christ… Continuait l’abbé.
– Pour mieux fêter la résurrection du soleil, continuait le vieux.
(…)
– le jeûne est une nécessité astronomique ! A cette époque solaire, un impératif magnétique, aussi nécessaire que l’inclinaison de l’axe de ta cathédrale de 46 degrés et 54 minutes sur le parallèle  ! Aussi fondamental sur le rapport entre le parallèle et les dimensions de ton sanctuaire ! Aussi inévitable que la place du maître autel là où l’avaient placé les constructeurs, qui étaient de grands initiés ! Aussi conséquent que l’eau des fonts baptismaux ! Aussi impérieux que la construction de vos cathédrales sur les anciens lieux dolmeniques !
– que me chantes-tu là Gazette ? Le solstice te tourne la tête ! Les lieux dolmeniques n’ont aucun rapport avec les cathédrales !
– alors chanoine, dis moi pourquoi la Vierge, dans tes cathédrales, met le pied sur le serpent ? Pourquoi les saints Michel transpercent le dragon de leur lance, sinon pour symboliser le contact du sanctuaire avec la Vouivre, ce courant tellurique, qui affleure là, et pas ailleurs, pour le capter et en faire profiter les hommes ? (…)
La Vierge qui devait enfanter est un symbole vieux comme le monde, curé ! Les vieux Druides honoraient, dans la forêt carnute, à Chartres, la Virgo paritura bien avant la naissance du Christ, clergeon !
Mais tes cathédrales ne sont que des perfectionnements du dolmen ! Regarde les bien. Regarde aussi les dolmens : cette énorme dalle posée sur deux rangées de pierres dressées, c’est la voûte posée sur ses piliers, et tout cela orienté dans le même sens que tous les dolmens du monde ! Aux mêmes endroits. C’est de la pierre sous tension qui capte et amplifie les courants telluriques !la cathédrale, c’est l’athanor parfait, avec contact d’eau !
A la fontaine Belise, pardi, je prie Belisa, épouse et sœur de Belen, grand Dieu des Gaules, un et inconnaissable !
(…)
– C’est la même (la déesse païenne et la vierge Marie), ma mie ! La terre nourricière fécondée sans autre recours que celui du ciel, le pur espoir des hommes ! (…)
– C’est le sceptre d’Osiris, le Dieu ressuscité, symbole du renouveau de la nature qui renaît de sa pourriture. Il figure à la partie supérieure du pschent des Pharaons, puis on le voit dans la main d’Aaron, puis c’est le bâton de Moïse qui refleurit… C’est aussi, hélas ! La crosse de l’évêque, qui n’en mérite pas tant, car c’est l’attribut des Grands Initiés et les évêques d’aujourd’hui ne sont plus que de grands Ignorants, des jean-foutre mitrés qui suppriment les pèlerinages sur les lieux dolmeniques, changent la place géométrique de l’autel dan les sanctuaires, construisent des églises qui ne sont que des halles mortes, sans référence aux astres, ni à l’écliptique, ni au Nombre, ni à l’heptagone.
L’heptagone ! L’étoile à sept branches ! Symbole de l’incarnation ! L’imprégnation du quaternaire matériel par la trinité ! (…)
Tout est musique, ma mie, parce que tout est harmonie, et l’harmonie est rapport…
L’harmonie régit les rapports. Elle s’exprime en nombres. Avec la canne, on peut construire l’univers ou une cathédrale. Une cathédrale qui fonctionne… On peut mettre en harmonie le monument avec la Terre ! (…)
Tout est en harmonie avec le temps, ma mie. La seconde est neuf huitièmes, la tierce est six huitièmes, la quarte est vingt-sept vingtièmes, la quinte est de trois demis, la sixte est de huit cinquièmes… Dans une cathédrale, la tierce donne les chapiteaux du chœur, la quinte donne le chapiteau du triforium et l’octave donne les chapiteaux de base de la voûte… (…)
Tu vas toucher la vierge noire, qui n’est autre que Belisama, la Vierge-de-sous-terre. Elle te donnera le réconfort…
Puis la Gazette continuait par les hauteurs d’Aubigny, saluait les tumulus de Civry, buvait aux sources de la Vandenesse, et longeait les à-pics de Baume, don le soleil au matin sculptait les crevasses et, de là, gagnait Maconge.
Un géographe pouvait voir qu’il longeait ainsi, du haut des belvédères, la ligne de faîte qui partage les eaux entre Seine, Loire et Rhône. En réalité, et si l’on y regarde de plus près, on peut voir qu’il suivait à peu près la grande faille qui coupe la région en deux et gagne le vieux Morvan. Les savants d’aujourd’hui l’appellent la faille de Mâlain. Lui y voyait la tête de la grande Vouivre, ce serpent par lequel les Celtes personnifiaient les courants mystérieux. Pas à pas, il en suivait les méandres, jalonnés par les hauts lieux druidiques, sur les crêtes, aujourd’hui désertes, où l’on n’entend plus que les pattes de renards gratter sur les cailloux.
(…)
Salut Maconge, toit du monde celtique ! Maître des trois versants ! Centre sacré du triangle des eaux ! Tête de la Vouivre source d’éternelle jeunesse !
Je tire ma force de la terre. Du contact de la terre. Si les Saintes écritures disent : « ôte ta chaussure de ton pied, et cætera, et cætera », c’est pour que le pied soit en contact direct avec notre sainte Terre, vierge et mère ! Dans vos voitures, avec vos semelles de caoutchouc, vous êtes des cadavres ambulants ! Isolés de votre mère, comment voulez-vous recevoir le courant qui donne la Grande Illumination ?
(…)
Vandalisme clérical
Le premier scandale ce sont ces chaises, ces bancs qui encombrent ce sanctuaire qui doit être un »chemin » que l’homme doit parcourir dans le bon sens, pieds nus ! C’est ainsi que vos ingénieurs fabriquent l’électricité : ils font tourner un rotor dans un champ magnétique ? Pas vrai ? Dites moi que je me trompe ! La voûte est calculée pour capter le courant magnétique et baigner l’homme qui suit le chemin en dansant, dans le sens inscrit…
Ce sens était inscrit dans le sol, le vrai sol de ton église ! (…)
 
Ton église, curé, est un violon dont les ignorants ont bouché les ouïes et enlevé les cordes ! Haha ! Il ne vibre plus depuis longtemps ton violon ! Et pour comble, vous avez déplacé l’autel, et vous avez mis l’officiant à l’envers du courant qu’il doit recevoir et transmettre !
– et quel serait le but de toute cette magie ? demandait l’archiprêtre amusé ?
– transformer l’homme, curé. L’ouvrir aux lois de l’harmonie naturelle qui lui donne l’équilibre psychique et corporel, source de santé et de bonheur !
– tu sens cela, Gazette, lorsque tu entres dans une église ?
– vous y avez faussé tellement de choses que le vieil athanor est détraqué… Mais il marche encore un tout petit peu. Oui je sens cela. Nous, les poètes, nous percevons ces choses mieux que les autres ! Ces rythmes nous atteignent jusqu’au tréfonds ! (…)
Mais le vieux continuait : il montrait les tiges perlées, les ours dressés, les combats de coq, les acanthes, qui n’étaient que de la chélidoine, symbole celtique, les feuilles de charme, sculptés dans la pierre.
Il y voyait, lui, les clairs témoins du druidisme le plus pur.
(…)
La Gazette faisait à sa façon l’exégèse de chaque chapiteau, il retrouvait Balaam, le Moabite, le pourfendeur d’Hébreux, il retrouvait son âne, encore un âne ! Ou plutôt une ânesse du bestiaire du douzième siècle, dont aucun guide ne donnait judicieuse interprétation. Il retrouvait la chouette que les maniaques de l’hellénisme appellent, on ne sait trop pourquoi, Minerve-Athena, il retrouvait le cochon du cinquième pilier, l’ours et les sangliers et les deux vouivres embrassées. Tout pour lui était la preuve que l’édifice avait été construit pour soigner et guérir l’humanité en captant et en amplifiant cette Vouivre dont il radotait sans cesse.
(..)
Pourquoi, dans votre liturgie, ces invocations à l’étoile de mer ? A l’arche d’alliance ? A la porte du ciel ? A la tour d’ivoire ? Au siège de la connaissance ?
(…)
Tu lui diras, à ton archiprêtre, que la Vouivre est là dessous  ! Si elle n’était pas là, auraient-ils ménagé, entre les deux tours, une chapelle dédiée à Saint Michel ? Saint Michel qui transperce le dragon de sa lance, c’est le signe : le dragon, c’est la Vouivre, le cheval c’est le Kabbale, et Saint Michel, c’est l’Initié qui sait entrer en contact avec la Vouivre et est capable de la dompter. Voilà la clé !…
(…)
Ce sont les allusions les plus transparentes aux recherches philosophales, avec cet adepte portant matras, autour de la Mère Suprême, la Ghae des grecs, la terre matrice d’où tout est sorti ! Voici même ce qu’ils appellent, faute de mieux, « la dormition de la Vierge ». Cela ne fait-il pas plutôt penser eux vers de Salomon à la fin du Cantique des Cantiques : « oh ! N’éveillez pas la belle avant que le temps n’en soit venu ! ».
A propos de mandorles, ces amandes énormes d’où sortent les Christ en gloire, sur les tympans des onzième et douzième siècles, savez-vous leur signification profonde ?
La mandorle, c’est tout simplement la vulve ! Haha, la vulve originelle qui nous livre le fils de l’homme ! Haha !
Mais moi, Gazette, Grand Druide, pape des escargots, je vas vous répondre : cette chimère n’est ni dans la bible, ni dans l’évangile : c’est la Vouivre ailée des gaulois, et ce cochon, encore une fois, c’est la truie, l’emblème druidique… Et tout cela signifie que ce sanctuaire est un athanor druidique, bande de crapauds vérolés !
(..)
– Cet escargot est le point le plus émouvant de tout l’édifice. Il explique tout.
– un escargot qui explique ?
– l’escargot donne le sens de la giration du monde, l’environnement de tout ! Ici, il signifie que l’édifice est le « Lieu des Forts », que c’est un vase dont le contenu se divinise ! L’escargot prouve que le courant vital, Spiritus mundi, est ici concentré et capté pour réaliser la mutation de l’homme !
Écoutez donc ce que disait Saint Augustin : « … Ce que l’on appelle aujourd’hui « religion chrétienne » existait chez les Anciens et n’a jamais cessé d’exister depuis le commencement des temps, jusqu’àce que le Christ étant venu, on commençât d’appeler « chrétienne » la vraie religion qui existait des le commencement du monde ! »
 
 
Henri Vincenot
"Le pape des escargots"
.

dimanche 6 mai 2018

79. FRANCOIS CHENG : Cinq méditations sur la mort

 
 
 
 
Comme ses Cinq méditations sur la beauté,
ce texte de François Cheng est né d’échanges avec ses amis,
auxquels le lecteur est invité à devenir partie prenante.
Il entendra ainsi le poète, au soir de sa vie,
s’exprimer sur un sujet que beaucoup préfèrent éviter.
Le voici se livrant comme il ne l’avait peut-être jamais fait,
et transmettant une parole à la fois humble et hardie.

Il n’a pas la prétention de délivrer un « message » sur l’après-vie,
ni d’élaborer un discours dogmatique,
mais il témoigne d’une vision de la « vie ouverte ».
Une vision en mouvement ascendant qui renverse
notre perception de l’existence humaine,
et nous invite à envisager la vie à la lumière de notre propre mort.
Celle-ci, transformant chaque vie en destin singulier,
la fait participer à une grande Aventure en devenir.
 
...
 


 
 
 

79. CITATIONS

 
 
Très tôt, donc, j'ai pris conscience que c'était la proximité de la mort
 qui nous poussait dans cette ardente urgence de vivre,
 et que surtout la mort était au-dedans de nous comme un aimant
 qui nous tirait vers une forme de réalisation.
.
 
N'oublie pas ceux qui sont au fond de l'abîme,
Privés de feu, de lampe, de joue consolante,
De main secourable...Ne les oublie pas,
Car eux se souviennent des éclairs de l'enfance,
Des éclats de jeunesse - la vie en échos
Des fontaines, en foulées du vent -, où vont-ils
Si tu les oublies, toi, Dieu de souvenance?
.
 
Puisque tout ce qui est de vie
Se relie,
Nous nous soumettrons
À, la marée qui emporte la lune,
A la lune qui ramène la marée,
Aux disparus sans qui nous ne serions pas,
Aux survivants sans qui nous ne serions pas,
Aux sourds appels qui diminuent,
Aux cris muets qui continuent,
Aux regards pétrifiés par les frayeurs
Au bout desquelles un chant d'enfant revient}
A ce qui revient et ne s'en va plus,
A ce qui revient et se fond dans le noir,
A chaque étoile perdue dans la nuit,
A chaque larme séchée dans la nuit,
A chaque nuit d'une vie,
À chaque minute
D'une unique nuit
Où se réunit
Tout ce qui se relie'

A la vie privée d'oubli
A la mort abolie 
.
 
François Cheng
"Cinq méditations sur la mort"
.
 
 
 
 


dimanche 14 janvier 2018

78. DAN BROWN : Origine




Robert Langdon, le célèbre professeur en symbologie,
arrive au musée Guggenheim de Bilbao 
pour assister à la conférence d'un de ses anciens élèves,
 Edmond Kirsch, un éminent futurologue
spécialiste des nouvelles technologies. 

  La cérémonie s'annonce historique car  Kirsch s’apprête à livrer 
les résultats de ses recherches qui apportent  une réponse
aux questions fondamentales sur l'origine et le futur  de l’humanité.
Mais  la soirée va brusquement virer au cauchemar.
Les révélations de Kirsch risquent d'être perdues à jamais. 
Contraint de quitter précipitamment Bilbao,
Langdon s'envole pour Barcelone en compagnie d'Ambra Vidal,
 la directrice du musée.
Ensemble, ils vont se lancer en quête d'un étrange mot de passe
qui permettra de dévoiler au monde la découverte de Kirsch. 

Mêlant avec bonheur codes, histoire, science, religion et art,
Dan Brown nous offre avec Origine
son roman le plus ambitieux et le plus étonnant.




Une histoire haletante, qui fait réfléchir...
et qui pose des questions essentielles,
non seulement sur l'origine et la destination de l'homme,
mais aussi sur la place grandissante
de l'intelligence artificielle dans nos vies.

.



78. CITATIONS CHOISIES

 
 
En passant dans l'autre pièce, Langdon se trouva nez à nez
avec un immense tableau, éclairé avec soin comme dans un véritable musée.
(...)
Il s'agissait de l'une des œuvres majeurs de Paul Gauguin
-ce post-impressionniste ,
précurseur des symbolistes de la fin du XIXème siècle,
avait ouvert la voie à l'art moderne.
 
En s'approchant, Langdon s'aperçut à quel point
la palette du peintre était semblable à celle de Gaudi,
 un mélange organique de bruns, de verts, de bleus.
le tout décrivant une scène des plus naturalistes.
 
Malgré la collection étonnante d'animaux et de personnages,
 le regard de Langdon fut aussitôt attiré par la cartouche jaune pâle
dans l'angle supérieur gauche qui portait le nom de l'œuvre.
 
D'où venons-nous ?
Que sommes-nous ?
Où allons-nous ?
 
Ambra rejoignit Langdon devant le tableau.
-Edmond disait vouloir être confronté à ces questions
chaque fois qu'il rentrait chez lui.
.
Dan Brown
"Origine"
.
 


dimanche 10 décembre 2017

77. PHILIPPE GUILLEMANT : La physique de la conscience



Aurions-nous une vie après la mort ?
Les synchronicités peuvent-elles être provoquées ?
La science réussira-t-elle à expliquer les
 phénomènes étranges qui, bien qu'ils soient avérés, 
font encore aujourd'hui l'objet d'un déni ?

Le physicien Philippe Guillemant répond «oui» à ces questions, 
en nous proposant à travers un modèle cybernétique de la conscience 
-assurant un contrôle quantique de l'espace-temps - 
un vaste renversement de perspective 
qui transforme complètement notre vision du monde. 
Enfin libérés du mécanisme primitif, nous aurions un rôle essentiel à jouer 
pour modeler individuellement et collectivement notre réalité, 
à partir de la capacité que nous avons de brasser consciemment 
l'eau d'un véritable océan : celui du vide, c'est-à-dire celui des mondes invisibles.

Dans cet ouvrage audacieux, l'auteur enterre le temps de la mécanique 
pour mieux faire émerger le temps réel de la conscience. 
Il nous décrit les processus conscients, les efforts et les états d'esprit 
par lesquels nous pouvons reprogrammer notre destin, 
déjà actualisé dans l'éternel présent de la création. 
Il réhabilite en chemin notre bien le plus précieux : 
notre esprit et sa conscience immortelle, 
indépendante de nos corps physiques.




77. CITATIONS CHOISIES


Les physiciens ne pourront échapper à cette nécessité 
d'introduire l'âme et la conscience dans la physique et ils le feront, 
mais comme ils seront gênés de se rapprocher ainsi de la religion, 
ils utiliseront d'autres termes plus scientifiquement corrects, 
au risque de continuer à dépeindre un monde austère.
 
Mais ils le feront, soyez en sûr,
car même en conservant leur ancien cadre mathématique 
décrivant un univers continu, régi par des équations 
et disposant en tout point d'une quantité d'informations infinie, 
ils ne pourront éviter de se réveiller en constatant 
que notre réalité macroscopique quotidienne est déterminée 
par l'information présente à des échelles infiniment  petites : 
 
négliger ce point est l'immense erreur des physiciens qui s'évertuent,
y compris les plus illustres d'entre eux, à nous perpétuer une science matérialiste,
qui prétend faire de nous des machines.
.
 
Philippe Guillemant
.


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mardi 14 novembre 2017

76. NICOLE GRATTON : L'art de rêver



Les rêves sont indispensables à notre équilibre psychique.
Nous rêvons tous, même si la plupart du temps 
nous ne conservons qu'un vague souvenir - voire aucun - 
de ces images qui ont peuplé notre sommeil.

Pourtant, il nous est possible de contrôler notre mémoire onirique. 
Exercice fascinant, véritable travail d'auto-analyse 
qui nous apprend sur nous-mêmes 
ce que nous avons toujours refusé de voir. 
Rêves compensatoires, prémonitoires, initiatiques... 
Souvent difficiles à décrypter,
tous ont cependant une signification profonde. 

A la fois simple d'accès et très complet, 
ce livre, récemment mis à jour, 
est  un classique dans son domaine.
Il vous fournira une mine de renseignements
pour interpréter vos rêves 
mais aussi pour devenir un rêveur "actif".

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76. CITATIONS CHOISIES


L'analyse du rêve pourrait faire l'objet d'une encyclopédie complète.
Le meilleur interprète d'un rêve demeure la personne qui l'a fait.
Elle connaît tous les facteurs probables pouvant susciter le rêve en question.
Une autre personne peut lui suggérer des pistes d'analyse 
ou lui faire prendre conscience de certaines dominantes, 
mais seul le rêveur peut valider une interprétation 
correspondant à des réalisations personnelles.

Donnez-vous le temps de pratiquer, soyez fidèle à votre journal de rêves, 
gardez une écoute attentive et faites-vous confiance. 
Le temps et la discipline sont vos meilleurs alliés.
Fiez-vous à votre intuition et n'oubliez jamais que l'âme sait 
et ne demande pas mieux que de vous transmettre toutes ses connaissances 
par l'intermédiaire de sa grande messagère, la petite voix intérieure.

Rappelez-vous aussi qu'il n'est pas nécessaire d'analyser tous les rêves.
Certains ne représentent qu'un déversement de résidus subconscients 
et le seul fait de les écrire permet un nettoyage bénéfique 
de l'inconscient parfois trop plein. C'est d'ailleurs un phénomène fréquent 
qui découle de l'intérêt nouveau porté à vos rêves. 

Cette curiosité soudaine pour le langage de la nuit provoque 
un flot abondant d'images et d'informations en provenance du subconscient 
qui s'exprime enfin ouvertement. Prendre note de ce foisonnement onirique 
dégage peu à peu le surplus accumulé.

De plus, si un rêve important n'a pas été saisi, 
il reviendra en force frapper à la porte de votre conscience. 
Cette manifestation donne lieu aux rêves récalcitrants, 
ceux qui reviennent sans cesse. 
Ces rêves répétitifs signalent une information non comprise 
et méritent une considération spéciale. 
Et tant que le message n'a pas été saisi, le rêve réapparaît, 
pour le bénéfice du rêveur.
 .
Nicole Gratton
"L'art de rêver"
.




samedi 22 avril 2017

75. ALEXANDRE JARDIN : Révoltons-nous !



Un chemin en sept étapes 
pour que chacun devienne un véritable citoyen.

Donnons-nous le pouvoir d'agir : 
sortons d'un système qui ne marche plus, 
révoltons-nous... avec bienveillance !



Un candidat qui n'en est plus un...
mais qui a quand même des choses à dire...
Lisez ce livre, il est stimulant..
.




75. CITATIONS CHOISIES


Si dans un cauchemar,
vous êtes poursuivi par un monstre féroce,
vous avez deux solutions pour vous en tirer :
- Courir vite ou se battre contre lui
ça peut marcher.
- Vous réveiller ! 
ça marche à coup sûr.

Le premier type de changement -courir ou se battre-
se produit à l'intérieur du système existant qui reste stable; 
c'est ce que nous sommes habitués à considérer 
comme "un changement",
une réaction..

Vous avez l'air d'agir et de réagir à la situation
puisque quelque chose se passe  que l'on peut décrire, 
mais vous restez bien prisonnier de l'univers donné : le cauchemar initial.

Tous les candidats centralisateurs (c'est-à-dire tous...)
proposent ce type de changement à chaque élection :
changer d'équipes d'énarques qui utiliseront les mêmes méthodes
que les énarques précédents.
Le système reste stable.

Même si vous pressentez qu'en fait, ça ne change pas grand-chose,
vous êtes accoutumés à l'idée que "changer", c'est juste cela :
voter pour des programmes différents.
Et comme, bien entendu, cela ne change votre réel qu'à la marge
ou que cela le complique carrément, vous vous dites :
"Ce qu'il faut cette fois, 
c'est un programme très différent, courageux, 
réellement de gauche ou de droite." etc.
En vérité, cela ne change rien 
puisque l'action publique continue dans une logique 
-celle du cauchemar - qui reste invariable.
cela ne fait pas disparaître le monstre qui vous menace
et vous maintient dans l'insécurité.

Quittez vite la croyance que ce genre de changement apparent
-se contenter de "changer le programme"-
a la moindre chance de vous tirer d'affaire.

Le second type de changement
-"se réveiller"- 
fait à coup sûr disparaître le monstre.
Vous mettez fin au cauchemar.
L'image est parlante mais dans le monde réel
vous n'êtes pas habitué à ce type de changement très particulier
puisque aucun parti ne vous l'a jamais proposé. 
(...)
Le premier type de changement, courir ou se battre, 
se concentre sur le "quoi faire",
le programme et les mesures à prendre,
le second type de changement
se focalise sur le "comment faire"
beaucoup plus déterminant.

Eh bien, je propose un changement de type 2 :
que chacun se réveille, c'est-à-dire devienne véritablement acteur 
d'une démocratie citoyenne
où l'individu n'existe pas tous les cinq ans
mais pendant les cinq années du mandat.
(...)

Croire en un changement réel qui viendrait
d'un candidat incarnant le système
crée une insécurité croissante
car notre espérance est constamment déçue.

Ce n'est hélas pas une question de casting,
comme on veut nous le faire croire à chaque scrutin,
mais bien une question de système
qui assure à l'oligarchie d'Etat le contrôle effectif du pays.

En gros, votre bulletin de vote reste un miroir aux alouettes
si vous soutenez quelqu'un issu du système qui n'a, d'évidence,
pour vocation que de se reproduire.
Même s'il ou elle a l'air compétent à la télé,
même s'il ou elle prononce les mots miroirs
qui reflètent vos émotions et que vous avez envie d'entendre.
Quittez la croyance que changer uniquement
de contenu (le programme) est sérieux !

Ce n'est pas facile à admettre, j'en conviens !
On aimerait tellement croire le contraire...
.
Alexandre jardin
.


jeudi 23 février 2017

74. MICHEL FROMAGET : Corps Âme Esprit




Voici un livre "coup de coeur", 
un livre qui va à l'"essentiel"...
et même à l'essentiel de l'essentiel, 
puisqu'il nous parle de la nature de l'homme, 
 et de sa constitution ...interne.

Il est long, fouillé et...absolument passionnant, 
mais difficile à résumer.

Pour vous le présenter, j'ai choisi un extrait d'un article 
écrit par Michel Fromaget sur le même sujet,
article que vous pouvez lire dans son intégralité ICI
(ce que je ne saurais que vous recommander...
car il donne, de façon agréable et très vivante,  
un bon aperçu de la pensée de l'auteur)

Beaucoup de choses s'éclairent en effet dans nos vies
(et dans notre pensée)
quand nous comprenons que nous sommes 
des êtres  tridimensionnels (corps-âme-esprit) 
et non pas bidimensionnels (corps-âme)...
ainsi que notre culture nous le fait croire...


"Je reviendrai, tout à l’heure, comme il convient,
sur les notions d’âme et d’esprit, 
telles qu’elles sont entendues classiquement dans l’anthropologie ternaire.
Mais je désire, dès à présent, lever une équivoque.

En premier lieu, il convient que vous n’accordiez au mot « âme »
– contrairement à l’habitude –
aucune signification religieuse, spirituelle ou bien affective et romantique.
Le mot « âme » signifie ici simplement le mental, la part psychique de l’être.

Quant à l’esprit, à l’inverse, gardez-vous bien de l’assimiler
à des qualités ou fonctions psychiques telles la pensée, l’intelligence,
ou bien comme désignant l’ensemble des facultés psychologiques de la personne.
Car l’esprit dont nous parlons est une réalité mystérieuse
spécifiquement religieuse ou spirituelle.
Nous y reviendrons.

Nous parlons donc d’anthropologie.
Mais ce terme ne désigne pas dans mon propos d’aujourd’hui
la discipline scientifique du même nom
mais, de manière plus ponctuelle, une compréhension,
une conception, une représentation de l’homme élaborée par une civilisation,
une religion, une philosophie, voire par un auteur.
Ainsi pourrons-nous parler d’anthropologie grecque ou bien de celle de saint Jean.

L’adjectif ontologique qualifiera pour nous
une composante, une caractéristique,
une qualité essentielle ou substantielle,
c’est-à-dire encore une qualité strictement nécessaire à la définition d’un être.
Et ceci qu’il s’agisse de l’être de l’homme, de celui d’une pivoine,
d’un rouge-gorge ou d’un triangle.

Nous devons, en outre, bien voir ceci.
L’anthropologie dualiste, ou binaire,
telle que nous l’entendrons,
authentifie en l’homme,
sans pour autant les opposer nécessairement,
deux dimensions ontologiques et deux seulement :
physique et psychique,
soit le corps et l’âme.

A l’inverse, l’anthropologie ternaire, tripartite, ou spirituelle 
– certains disent encore « holistique »
– affirme qu’il n’y a d’homme accompli que tissé, non plus de deux,
 mais de trois modalités : 
le corps, l’âme et l’esprit.

Mais il faut concevoir ces deux conceptions,
ces deux anthropologies, pour ce qu’elles sont :
elles sont ce que les scientifiques appellent des paradigmes,
autrement dit des « systèmes de représentation du réel
qui permettent de le définir et d’avoir prise sur lui ».

Ce qui ne signifie nullement qu’ils décrivent la réalité telle qu’elle est.
Ainsi les « paradigmes cosmologiques » de Ptolémée et de Copernic,
le premier géocentrique et le second héliocentrique,
ont certes permis de faire de grandes découvertes.
Mais nous  savons aujourd’hui que l’univers
n’est certainement pas fait comme ils le disent.

On retiendra, enfin, cette particularité suressentielle
des paradigmes anthropologiques
dont les cosmologiques sont dépourvus.
A savoir que les premiers, non seulement
ne décrivent pas leur objet – l’homme – tel qu’il est fait,
 mais qu’ils tendent, de plus,
à le faire tel qu’ils le décrivent.

Michel Fromaget
.

Sur le même sujet (et du même auteur),
mais plus court et plus accessible :



Et une vidéo de Michel Fromaget






74. CITATIONS CHOISIES


Aucun homme ne peut voir directement son propre visage. 
Mon propre visage qui, je n'en doute pas, est réel, m'est, 
sans médiation, à moi-même invisible. 
Il y a là de quoi méditer en profondeur : 
je ne peux nullement voir, dans mon corps, 
la part qui est le plus moi-même, celle montrant qui je suis. 

Je ne peux jamais la découvrir que reflétée soit par une surface miroitante, 
soit par tout autre procédé. 
Oh! ce reflet mérite grande estime, et grande attention. 
La psychologie génétique, nous le savons, 
apprend que c'est grâce à son image spéculaire, 
à son image dans le miroir, que le petit enfant prend conscience de son humanité 
et de son individualité. 
Mais autre l'enfant, autre son image! 
Autre la réalité, autre son reflet ! 
Confondre les deux est la faute, le péché, le drame de Narcisse. 
Or, le mythe précise qu'il en meurt. Il faut entendre cela.

"Je suis moi", "Je suis mon âme", "je suis ma personne", 
sont des affirmations exprimant la même fatale erreur. 
Arthur Rimbaud, dont le génie se manifesta avec une précocité incroyable 
avait déjà bien aperçu ce piège dès l'âge de dix-sept ans, 
lui qui écrivit, en une phrase lapidaire dont les cinq mots 
apprennent plus sur la nature profonde et essentielle de l'homme 
que tous les traités de psychologie réunis :

" Car JE est un autre"
.
.



lundi 20 février 2017

73. PIERRE DACO : Comprendre les femmes



Un livre ancien...
et pourtant toujours d'actualité...

Pour les femmes qui veulent se connaître…
Pour les adolescentes qui sont les femmes de demain…
Pour les hommes qui se heurtent au « mystère » féminin…
Pour les couples dont l'harmonie est une inquiétude primordiale…

Délaissant volontairement l'actualité passagère, 
Pierre Daco nous entraîne à la recherche 
de la femme profonde et éternelle, 
affirmant nettement que la rénovation du monde 
dépend de celle de la femme. 

Dans un style percutant et imagé, 
le psychologue des profondeurs qu'est Pierre Daco 
nous explique pourquoi on trompe les femmes,
 pourquoi on les abandonne et, surtout, pourquoi on les craint. 
Car ce livre est également une saisissante étude 
de la peur masculine devant la femme. 
 
Fruit d'années de pratique psychologique, 
voici un ouvrage constituant une véritable entreprise 
d'analyse et d'objectivation de la femme, 
qui nous apparaît étonnamment transfigurée et grandie.
.



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73. CITATIONS CHOISIES


...Etre une femme est évidemment le résultat d'une structure glandulaire.
Mais la Féminité et la Masculinité sont, chez une femme ou un homme, 
deux manières d'utiliser l'énergie dont ils disposent.

Les femmes et les hommes ne doivent pas être pensés d'abord en tant que sexes, 
mais comme des récepteurs ou des émetteurs d'énergie.

Une révolution est-elle possible ?

La femme dispose des ressources nécessaires
(...)
 Il est vrai que ce chapitre semble une dérision face à ce qui se passe autour de nous 
et face au chemin qui reste à parcourir. Il n'est que de faire un essai : 
demandez au premier venu de vous dire le premier mot qui lui viendra à l'esprit 
en réponse au mot "féminité".
Vous obtiendrez toutes les réponses possibles, sauf  la bonne qui est  : 
énergie intérieure, énergie potentielle, énergie fondamentale, 
base indispensable à toute réalisation humaine.

La Féminité est une puissance en soi, certes. Mais que peut faire la femme 
si on lui montre l'inverse à tout bout de champ ? 
Si on entretient l'image, l'usage, et la vente d'une multitude de féminités pitoyables,
 de femmes-végétaux, de femmes-statufiées, de femmes-narcissiques, 
de femmes-mannequins, de femmes hyperbaguées et perruquées,
de marionnettes décolorées,  de jeunes filles traînant leur ennui dans la poussière
en même temps que leurs pantalons ?
Etant donné leurs maigres énergies, comment pourraient-elles devenir créatrices, 
de façon autonome et non agressive ?

Il ne leur reste qu'à faire appel à une créativité extérieure 
qui leur servira de substitut : celle de l'homme.

Mais, en agissant de la sorte, les femmes accumulent, bon an mal an, 
tant d'amertumes inconscientes qu'elles aboutissent
à une sorte de résignation hargneuse, 
qui est la dégradation type de la féminité.
 Quant aux autres, il est fatal qu'elles méprisent leur condition, 
puisqu'elles continuent de vivre selon l'équation : 
Féminité = faiblesse.

Les vertus fondamentales
En somme : ou bien on contraint les femmes à demeurer faussement féminines 
selon des critères anciens, c'est-à-dire ombreuses, glauques, sans consistance. 
Ou bien on les oblige à une "masculinité" tout aussi fausse, 
calquée sur celle des hommes modernes.

De temps à autre apparaissent sur la scène quelques femmes célèbres. 
Croyez-vous qu'on les présente comme ayant réalisé
leur Féminité et leur Masculinité authentiques ? Nullement :
on leur attribue a priori du génie;
de la sorte, on en fait des exemplaires "exceptionnels", 
et l'on renforce en conséquence l'état d'infériorité des autres femmes.

Une jeune fille me disait à ce propos :
- Nous avons alors l'impression d'être des demeurées aux dents longues, 
à qui on dirait : "les femmes aussi sont capables de faire quelque chose !" 
Pourquoi ne dit-on pas simplement : 
"Voilà la femme réelle !"
Cette jeune fille avait raison. Un vaste courant d'information psychologique 
devrait inciter les femmes à entreprendre leur propre révolution.
Il faut décrasser le mot "féminité" de ses taches d'infériorité, de culpabilité, 
d'angoisse, d'insécurité, d'hostilité.

Certes, une révolution personnelle exige du temps,
de la patience, de la tenacité, de la lucidité. 
Les personnes qui entreprennent une psychanalyse 
(la plus profonde révolution personnelle que l'on puisse opérer) 
en savent quelque chose.
Or, le temps, la patience, la tenacité, la lucidité
sont des caractéristiques de la féminité. 
Les femmes sont donc prédisposées à cette révolution intérieure. 
Mais il serait temps, pour elles et pour le monde, qu'elles le comprennent.(...)

Le rôle de la psychologie moderne
Sa tâche première, mais immense, est de rendre leur véritable sens 
aux notions de Féminité et de Masculinité.

Sa seconde tâche dérive de la première. 
Si la Féminité réelle est une force vive et indispensable,
 il faut la susciter à travers le monde.
C'est-à-dire aider les êtres humains à retrouver au fond d'eux-mêmes 
les valeurs de compassion, de pitié, d'humanité, de paix.

Je crois que beaucoup le désirent, non pas en raison d'une morale,
 mais parce que la déshumanisation générale leur fait peur. 
Peu importe d'ailleurs la motivation de départ 
si l'on obtient un bon résultat.

Il faut rendre sa place à la féminité : 
mais il ne s'agit pas d'une révolte des femmes contre la "loi du mâle". 
La difficulté est bien plus profonde : elle concerne l'angoisse et la peur 
qui sont à l'origine de cette soi-disant "loi du mâle" (...)

Les technocrates purs ne savent pas à quel point
ils ont rompu avec la féminité et la vie.
Poussés par une peur obscure, ils vont de planète en planète, d'idée en idée, 
de théorie en théorie, de guerre en guerre : 
comment pourraient-ils s'arrêter aussi longtemps qu'ils n'auront pas retrouvé leur lucidité, 
leur énergie intérieure, aussi longtemps que le mot "humanité"
restera pour eux vide de sens ?
Rendre la Féminité au monde, cela signifie
lui redonner une sagesse profonde, puissante, 
qui s'extériorise immédiatement en des activités humaines, urgentes,
et de bon sens.

Cela implique également une modification radicale de l'esprit qui anime la technocratie. 
Si la technocratie a pris un visage inhumain,
 c'est que lui manquent les grandes caractéristiques de la féminité : 
l'ordre, la lucidité profonde, la sagesse, la réflexion, le temps, la paix.

Comprend-on à quel point le monde a besoin de femmes et d'hommes "à deux pôles" ? 
Combien il est urgent que les humains cessent d'alimenter leur activité 
à une féminité malade, infantile, désordonnée ?

Quand la féminité aura retrouvé la place qui lui est due -
mais des centaines d'années, sans doute, seront nécessaires -
les mères redeviendront par le fait même les supports du monde. 
Car toute force intérieure -comme toute faiblesse - chez une fille ou un garçon, 
sont en provenance directe de la mère.
C'est pourquoi la psychologie moderne devrait se donner comme but premier 
d'aider la femme à se retrouver. 

C'est-à-dire :

- Redevenir une observatrice lucide, attentive, perspicace, calme.
- Redevenir davantage spectatrice de soi et du monde, au lieu d'être une "actrice" 
qui obéit (par culpabilité) aux impératifs anciens et nouveaux
- Réorganiser sa féminité dans l'acception la plus forte du terme
- Prendre un certain "recul" qui lui permettrait 
de dénoncer et de redresser les erreurs actuelles

Eh oui ! Dans quelques siècles, peut-être...
.
Pierre Daco
"Comprendre les femmes"
.



samedi 10 décembre 2016

72. C.G. JUNG : Présent et avenir




Jung a écrit ce petit livre à la fin des années 50, 
peu avant sa mort.
Il n'est donc pas récent, mais il est toujours 
d'une brûlante actualité.

Face à un avenir qui peut apparaître
comme sombre ou inquiétant,
face à la menace nucléaire, aux guerres, au despotisme,
face aux grandes idéologies de masse, 
face à cette tendance moderne qui consiste à réduire
de plus en plus l'individu réel à une abstraction statistique, 
Jung propose une voie, sa voie :
porter le regard vers les profondeurs, 
vers l'inconscient, vers le "Soi"...

Pour lui, seule la connaissance de soi, 
la connaissance de ce qu'il y a réellement 
à l'intérieur de l'être humain
peut nous permettre de "résister"
et nous sauver des dangers à venir.
.
La Licorne
.



72. CITATIONS CHOISIES


L’homme qui n’est pas ancré dans le divin 
n’est pas en état de résister, par la seule vertu de son opinion personnelle, 
à la puissance physique et morale qui émane du monde extérieur. 
Pour s’affirmer en face de ce dernier, 
l’homme a besoin de l’évidence de son expérience intérieure, 
de son vécu transcendant, qui seuls peuvent lui épargner 
l’inévitable glissement dans la masse collective....
.
Un mouvement de masse, comme on peut s'y attendre, 
glisse de préférence sur un plan incliné qui est déjà préformé par le grand nombre; 
là où il y a une multitude, on se trouve en sécurité; 
ce qui est la croyance d'un grand nombre de gens ne peut manquer d'être la vérité; 
ce que beaucoup d'individus veulent doit être désirable, voire nécessaire et donc bon.

Dans le désir du grand nombre se trouve la puissance qui permet de forcer les choses 
et de parvenir à la réalisation des souhaits; le plus beau semble pourtant être 
de se laisser glisser avec douceur et sans douleur
vers une espèce de pays de l'enfance 
où l'on peut s'abandonner à la vigilance des parents et se dépouiller, 
comme lorsqu'on était enfant, des soucis et de la responsabilité.
Ne pense-t-on pas et ne s'occupe-t-on pas de vous en haut lieu ? 
A toutes les questions, des réponses sont prévues; 
pour tous les besoins, le nécessaire est fait.

Ce somnambulisme infantile de l'homme de masse est si éloigné de la réalité 
qu'il ne se pose jamais la question : qui donc paie pour ce paradis ? 
Pour le règlement de l'addition, on s'en remet aux institutions supérieures, 
ce que celles-ci acceptent volontiers, car leur puissance 
se trouve augmentée par cette exigence. 
Mais plus leur puissance augmente, 
plus l'individu isolé se trouve dépourvu et affaibli.

Chaque fois qu'un tel état social prend des proportions importantes, 
il prépare le chemin de la tyrannie
il lui ouvre les portes et la liberté de l'individu  
se transforme en un esclavage physique et spirituel. 

La tyrannie étant en soi immorale et prête à tout pour atteindre son but, 
elle est naturellement plus libre dans le choix de ses moyens 
qu'un régime qui tient encore compte de l'individu.
Lorqu'un tel régime entre en opposition avec une tyrannie, 
il éprouve rapidement l'inconvénient effectif qu'entraîne la sauvegarde de la moralité 
et se sent bientôt incité à utiliser si possible les mêmes moyens. 
De cette façon, le mal se répand presque obligatoirement, 
même si une contamination directe pouvait être évitée.

Cette contamination est partout menaçante à l'extrême 
dès que les grands nombres et les valeurs statistiques ont acquis un poids déterminant. 
Cela est précisément le cas à un degré élevé dans notre monde occidental. 
Le grand nombre -c'est-à-dire les masses et leur puissance écrasante - 
nous est présenté jour après jour par les journaux sous une forme ou une autre. 
L'insignifiance de l'individu se trouve ainsi si clairement démontrée 
que celui-ci doit perdre tout espoir de se faire entendre 
où que ce soit et par quelque moyen que ce soit.

Les idéaux de liberté, d'égalité, de fraternité, usés jusqu'à la corde, 
ne lui sont plus d'aucun secours, car il ne peut adresser ses appels 
qu'à ses propres bourreaux, les représentants de la masse.

Seul peut résister à une masse organisée le sujet 
qui est tout aussi organisé dans son individualité que l'est une masse.
.

C.G. JUNG
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samedi 24 septembre 2016

71. KEN WILBER - Le livre de la vision intégrale


La question n’est pas de chercher à savoir qui a tort,
mais plutôt de voir s’ils n’auraient pas tous un peu raison
car l’univers est si grand qu’il y a suffisamment de place
pour Freud et pour Bouddha.
.

Ken Wilber
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D'après l'éditeur :

Dans cet ouvrage, Ken Wilber, 
surnommé par certains l’” Einstein de la conscience “, 
nous apprend à mieux appréhender 
les multiples dimensions de la réalité.
 Il nous donne les moyens de replacer notre action 
dans un tout cohérent
et les moyens d’en approfondir le sens. 
Sa manière de nous instruire est tellement accessible et pertinente 
qu’elle nous invite irrésistiblement à élargir nos perspectives. 

Dans tous les domaines ( psychologie, santé, 
culture, politique, vie personnelle...) 
Ken Wilber ouvre la voie vers des façons d’être 
plus élevées, plus larges, plus profondes, 
riches de promesses de croissance et de développement.

Ken Wilber a réussi à identifier les dénominateurs communs 
de tous les systèmes de connaissance 
et il nous propose une « méta carte », 
une vision intégrale du savoir humain, 
un cadre dans lequel il est possible 
d’intégrer les opposés.et de rassembler les contraires.
Dans ce cadre, les différentes approches du réel 
ne s'affrontent plus mais se complètent. 
C'est là tout son génie.

Pour l'auteur , tous les systèmes de connaissance
 obéissent en effet à quatre invariants majeurs 
(ou quadrants qui décrivent toutes les facettes de la réalité : 
intérieure, extérieure, individuelle et collective) 
et tout événement, être humain, objet ou organisation 
peut être considéré à partir de ces quatre perspectives :



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D'après moi : 

Un livre effectivement très clair et très pratique
qui résume et rend abordable la pensée foisonnante de Wilber...
et en particulier son approche par les "quatre quadrants"
(voir vidéo ci-dessus)

La "vision intégrale" pourrait bien être la vision du futur, 
celle qui nous permettra de résoudre les problèmes
qui se présentent à nous aujourd'hui
car, au fil du temps, il devient de plus en plus clair 
que ces problèmes, toujours plus complexes, 
ne peuvent plus être abordés par une vision "simpliste"
partielle ou unilatérale.
Ils nécessitent, pour être résolus,
une vision nouvelle, une vision "élargie"
prenant en compte tous les aspects de la réalité.

Un livre à conseiller tous ceux qui souhaitent
agrandir leurs perspectives,
à tous ceux sont prêts
à abandonner leur "petit point de vue"...
et à accepter d' observer la réalité
"sous toutes ses facettes"...
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La Licorne
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