jeudi 8 mai 2014

42. CHRISTIANE SINGER : Du bon usage des crises


"L'insignifiance et la futilité qui règnent en maîtres
barrent l'accès au réel et à la profondeur : 
Aussi ai-je gagné la certitude que les catastrophes ne sont là
que pour nous éviter le pire.
Et y a-t-il pire que d'avoir traversé la vie
sans houle et sans naufrage,
d'être resté à la surface des choses,
d'avoir dansé toute une vie au bal des ombres ?"
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Christiane Singer
.

Cet ouvrage regroupe six conférences
 dont les thèmes sont :

- Le futur de l'homme,
un nouvel humanisme ?
- Du bon usage des crises
- Entrer dans la ferveur
- Le sacré dans l'amour
- A la source de la parole
- Le silence de lumière.

Pour Christiane Singer, le grand défi d'aujourd'hui
 n'est ni économique ni politique, encore moins scientifique :
c'est un défi d'ordre psychique et mystique.

Les crises, personnelles ou collectives,
ne sont pas purement "négatives" :
elles sont des révélateurs qui nous montrent
les changements à effectuer,
et sans doute des "passages obligés"
pour aller vers le meilleur.
A nous de trouver comment en faire "bon usage" !
.




42. CITATIONS CHOISIES


Nous connaissons dans notre occident deux voies
quand nous sommes dans un état d'étouffement, d'étranglement :

l'une, c'est le défoulement, c'est crier,
 c'est exprimer ce qui était alors rentré.
 Il y a de nombreuses thérapies sur ce modèle
 et c'est probablement quelque chose de très précieux
 pour faire déborder le trop-plein.
Mais, au fond, toute l'industrie cinématographique
 est fondée sur ce défoulement, cette espèce d'éclatement
 de toute l'horreur, de tout le désespoir rentré,
 qui, en fait, le prolonge et le multiplie à l'infini.

 L'autre réponse , c'est le refoulement :
avaler des couleuvres, et devenir lentement ce nid de serpents
 que nous sommes si souvent, ces nids de serpents sur deux pattes.

Et le troisième modèle qui nous vient de l'Orient et qu'incarnait Dürckheim :
s'asseoir au milieu du désastre, et devenir témoin,
 réveiller en soi cet allié qui n'est autre
que le noyau divin en nous.

J'ai rencontré, voilà quatre jours,
 en faisant une conférence à Vienne, une femme ;
 et c'est une belle histoire qu'elle m'a racontée
 qui exprime cela à la perfection.
Elle me disait, à la perte de son unique enfant, 
avoir été pendant des mois et des mois ravagée de larmes et de désespoir...

Et un jour, devant un miroir elle a regardé ce visage brûlé de larmes
 et elle a dit :
 "Voilà le visage ravagé d'une femme qui a perdu son enfant unique.", 
et à cet instant, dans cette fissure,
cette seconde de non-identification, 
où un être sort d'un millimètre de son désastre et le regarde,
 s'est engouffrée la grâce.
En un instant, dans une joie indescriptible, 
elle a su : "Mais nous ne sommes pas séparés."

Et avec cette certitude, le déferlement d'une joie indescriptible
 qu'exprimait encore son visage.
 C'était une femme rayonnante  de cette plénitude et de cette présence
 qu'engendre la traversée du désastre.
 Il existe paraît-il, dans un maëlstrom,
un point où rien ne bouge. 
Se tenir là !

Ou encore, pour prendre une autre image : 
dans la roue d'un chariot emballé,
il y a un point du moyeu qui ne bouge pas. 
Ce point, trouver ce point.

Et si, un seul instant, j'ai trouvé ce point, ma vie bascule
 parce que la perspective est subitement celle de Job,
 cette perspective agrandie de la grande vie derrière la petite vie,
 l'écroulement des paravents, l'écroulement des représentations,
un instant, voir cette perspective agrandie.
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Christiane Singer
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